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Eté2010 - Vol.13. No. 01

Note de lecture : Brohm Jean-Marie, Anthropologie de l'Etrange, Enigmes, mystères, réalités insolites,

Georges Bertin
Docteur en Sciences de l'éducation, HDR en sociologie, membre du Centre de Recherches sur l'Imaginaire (GRECO CRI),directeur de recherches en Sciences de l'Education à l'Université des Pays de Pau et de l'Adour. Georges Bertin est directeur de recherches au CNAM des Pays de la Loire où il anime un séminaire d'anthropologie de l'Imaginaire - il est également directeur exécutif des revues Esprit Critique et Herméneutiques sociales.

 Brohm Jean-Marie,

Anthropologie de l’Etrange. Enigmes, mystères, réalités insolites.

Cabris, éd Sulliver, 2010.

 

Georges Bertin[1]. 

 

 

 

Cet ouvrage s’inscrit dans le droit fil des travaux entrepris, à la fin des années 80, par Jean Marie Brohm, professeur de sociologie à l’Université de Montpellier, pour jeter les bases de ce qu’il nommait alors une « anthropologie frontière ». Nous y avons retrouvé l’esprit de nombre de discussions passionnées vécues alors avec lui autour de  Louis- Vincent Thomas et de son œuvre comme dans la préparation du colloque que nous avions co- animé en septembre 1992 à Bagnoles de l’Orne sur le thème des Possessions[2].

 

 

 

Cet ouvrage présente, à notre sens, un double intérêt :

 

 

-          celui d’une mise en perspective des diverses théories de l’Imaginaire resituées dans une perspective et philosophique et anthropologique, et surtout en cela que Brohm y voit « une réelle force d’invention, de création, de production » (p.9). Elle s’appuie de fait sur une épistémologie complexe.

 

 

 

 

La première partie de l’ouvrage « Epistémologie » est de ce fait entièrement consacrée aux problèmes épistémologiques posés par le fait que, pour lui, le rationnel n’est intelligible que « dans le rapport contradictoire qu’il pose à l’irrationnel, au non rationnel, au supra rationnel », ce qui l’amène, après d’autres et non des moindres, à questionner la réalité du réel et celle d’une objectivité qui se constitue, de son point de vue, dans le champ de l’intersubjectivité.

 

 

Vont être alors explorées ici les théories de l’autoréflexivité et celles du transfert/contre transfert en insistant sur la difficulté que nous avons à saisir la complexité des réalités anthropologiques, telles celles qui nous sont fournies par les données de

la Métapsychique. D’où le recours nécessaire à la complémentarité des disciplines, le refus des cloisonnements, leur dialectisation et l’importance accordée par l’auteur à la réintroduction de l’affect dans la recherche comme la nécessité de procéder à une typologie des récits recueillis, des formes de l’Etrange. Car il s’agit bien de poser un rapport intersubjectif dans leur saisie face aux doxas dominantes ou accréditées, et donc aux représentations de ce qui est audible.

Ceci l’entraîne à passer en revue les occurrences constitutives d’une anthropologie des énigmes, vaste chantier inépuisable ouvert aux recherches sur l’Iinsolite

 

Dans la seconde partie,« Thématiques », Brohm propose une revue, éclairée des positions théoriques posées de la première, de divers thèmes ressortissant de l’Anthropologie de l’Etrange :

 

 

-          L’Autre Homme et l’Autre-que-l’Homme , quand il explore les modifications de l’identité de l’être humain que secrètent les nouveaux contextes socio-culturels et auxquels nous confrontent les technostructures scientifiques et le développement exponentiel des  technosciences. Ceci le conduit à interroger, non sans audace, la question de l’essence proprement humaine de l’homo sapiens aux deux extrêmes de la chaîne de l’Evolution.

-          Les Villes perdues, villes invisibles, villes enfouies, villes fossiles, villes exhumées, villes effacées, noyées, fantômes etc. jusqu’à la quête mythique de l’Atlantide[4], comme, encore, la capacité qui semble irréversible de l’homme à arraisonner la nature. Et de noter avec une pertinence impertinente : « dans les sciences humaines et historiques attelées à l’investigation du passé, la présence des mythes constitue à la fois le matériau d’études et l’obstacle épistémologique. Le chercheur doit tenir compte alors de la sédimentation historique des mythes (…) connaître et reconnaître l’empiètement du mythe pour le dépasser » (p.206-207).

-          L’imaginaire des catastrophes cosmiques, resitué dans une perspective historique et socio-historique, l’amène à considérer inéluctable l’avènement d’une cosmo-anthropologie du temps, avec « ses événements fondateurs, ses fractures brutales, ses contingences terrestres et extra-terrestres où les rythmes naturels et les temps cosmiques, géologiques, préhistoriques et historiques se téléscopent au sens propre comme au sens figuré (p.229) ». 

 

 

GB.

 

 

 


 

[1] Directeur de recherches au CNAM, directeur d’Esprit Critique, membre du Centre de recherches sur l’Imaginaire, président de CENA.

[2] Voir Possessions,  colloque dirigé par JM Brohm et G Bertin in revue Galaxie anthropologique,  N°s 7 et 8, 1993.

[3] Voir outre ses travaux très connus de sociologie et d’anthropologie du phénomène sportif, les revues Quel Corps ? qu’il a dirigée 20 ans et la très belle revue Prétentaine

[4] Voir aussi à ce sujet les travaux non cités de Lauric Guillaud (éd Ph. Lebaud), ses ouvrages et le colloque  qu’il a dirigé à Cerisy sur ce thème.