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  • Guy Lyon Playfair,

    Les jumeaux et le mystère de la télépathie

    Paris, InterEditions, 2013.

    Pascale Catala

     

    Cet ouvrage est la traduction française très attendue de l’enquête qu’a menée G.L. Playfair sur la télépathie chez les jumeaux. Ce parapsychologue, chercheur rigoureux de la vénérable SPR (Society for Psychical Research), ayant été intrigué par un fait divers, a voulu vérifier s’il existait un fond de vérité dans la croyance populaire en la communication télépathique entre jumeaux. En cela il s’inscrivait dans la lignée des recherches du biologiste Rupert Sheldrake, qui signe d’ailleurs la préface en compagnie du sociologue Bertrand Méheust. Partir du terrain, en tirer des inférences, vérifier celles-ci par des expérimentations en conditions contrôlées, telle est la méthode qui parait en effet la plus prometteuse dans ce domaine si l’on sait repérer les bons paramètres.

    Sheldrake et Méheust saluent l’arrivée de ce livre synthétique très bien documenté qui donne le dernier état de la question dans un style vivant, agréable et parfois drôle, et fait un sort aux assertions des « sceptiques ». Ceux qui avaient posé a priori la communication paranormale comme impossible affirmaient, à l’instar de Peter Watson et Nancy Segal, réputés experts sur la recherche gémellaire, que « aucun élément ne permet d’affirmer qu’il existe de la télépathie chez les jumeaux ».

    En rassemblant tout d’abord de très nombreux témoignages de cas spontanés, parus dans la presse, ou lui étant soumis par des parents de jumeaux, ou par le biais d’interviews ou d’émission de télévision faisant appel à des jumeaux, ou à partir d’enquêtes d’envergure comme celle de Mary Rosambeau (1987), Playfair dégage plusieurs types de phénomènes étonnants concernant les jumeaux :

    - les jumeaux qui développent leur propre langage et prononcent les mêmes phrases au même moment, répondent aux questions avant qu’elles ne soient posées, ont les mêmes goûts et les mêmes attirances, etc. (« concordance de pensée »),

    - les jumeaux qui font les mêmes rêves,

    - le jumeau qui ressent une douleur au moment même où son jumeau se blesse, et parfois a la même blessure,

    - le jumeau qui « sait » que son jumeau est en train d’avoir un accident ou de mourir, et parfois « voit » la scène,

    - les jumeaux qui font indépendamment les mêmes travaux, ont les mêmes productions (par exemple, la même copie d’examen),

    - les synchronicités qui conduisent des jumeaux, même séparés à la naissance, à subir les mêmes événements, faire les mêmes choix de vie, avoir les mêmes accidents, etc. (par ex. gagner en même temps à des loteries ou des concours, à une grande distance l’un de l’autre, parfois sans se connaitre).

    La télépathie concernerait environ 30 à 40% des jumeaux interrogés.

    Les sceptiques sur la télépathie expliquent les faits par la similarité génétique et la concordance de pensée, en utilisant souvent l’analogie de deux montres semblables qui seraient remontées en même temps et donc s’arrêteraient évidemment en même temps. Mais Playfair réfute cet argument en disant que, dans cette analogie, on ne pourrait pas expliquer pourquoi si on cassait volontairement l’une des montres, alors l’autre se briserait immédiatement.

    L’auteur dresse alors un bilan quasi-exhaustif des recherches de laboratoire et des grandes enquêtes, car malgré l’intérêt populaire pour ce sujet, les recherches scientifiques sont restées relativement rares. J. B. Rhine lui-même, le fondateur de la parapsychologie expérimentale américaine, n’y a consacré que quelques expériences ennuyeuses avec en tout et pour tout huit paires de jumeaux, pour conclure que le sujet était inintéressant. Heureusement, ceci n’a pas complètement découragé toutes les tentatives de recherche. Parmi les meilleures études, Playfair cite celle de Sommer, Osmond, et Pancyr (Toronto, 1961) sur quatorze paires de jumeaux véritables, qui met en évidence des conditions spécifiques à l’apparition d’un lien (jumeaux les plus identiques possibles, se ressentant comme une même personne, extravertis, et croyant à la télépathie) ; celle de Robichon (1989) avec une paire d’étudiants doués qu’il soumit à des tests de cartes de Zener avec de très bons résultats ; celle de Duane et Behrendt (1965) qui inaugura une série de recherches (une vingtaine d’études ultérieures) sur les synchronisations des EEG, sujet formellement plus acceptable que la télépathie ; celles d’Adrian Parker qui a obtenu de très bons résultats avec le protocole du Ganzfeld (succès de 36% au lieu des 25% attendus par le hasard).

    On reconnaitra bien l’humour de G.L. Playfair quand il suggère que la meilleure expérience consisterait à séparer une paire et à frapper un grand coup sur la tête d’un des jumeaux avec une poêle à frire, puis de comparer la réaction de l’autre jumeau avec celle d’un groupe contrôle. Il reconnait que cette expérience se heurterait tout de même à quelques écueils éthiques, mais se satisfait que les cas spontanés bien avérés regorgent d’incidents de ce type. La meilleure preuve selon Playfair du lien gémellique aurait été apportée par l’étude par une équipe de neuf psychologues, médecins et psychiatres, de deux jumelles espagnoles, Marta et Silvia Landa. Lorsque l’une se blessait, l’autre en avait la marque. Les sœurs furent séparées, l’une au rez-de-chaussée, l’autre à l’étage de leur maison, et sous couvert d’un examen médical on soumit l’une à des tests de réflexes, par exemple un petit coup sur le genou. L’autre jumelle réagissait aux tests en même temps.

    Après avoir élargi son propos à la télépathie en général, et notamment aux expériences de Rupert Sheldrake avec les animaux ou avec les nourrissons, Playfair donne quelques pistes théoriques. La métaphore de l’intrication quantique en physique suggèrerait l’existence de « champs d’empathie » réunissant les jumeaux, surtout les vrais jumeaux s’étant séparés le plus tard possible lors de l’embryogénèse et semblant constituer une sorte d’entité unique.

    Enfin, l’auteur suggère des protocoles d’expériences relativement simples à mettre en place, et selon lui susceptibles de mettre le mieux en évidence le lien télépathique gémellaire. Il remarque avec justesse que pour que les meilleures conditions soient remplies, il faut choisir les bonnes personnes et les mettre dans l’état adéquat, puis utiliser le bon protocole. En l’occurrence, les bonnes personnes seraient des vrais jumeaux (monozygotes) et même si possible monochorioniques et monoamniotiques. On séparerait les paires entre un émetteur et un récepteur. On enregistrerait leurs activités cérébrales par EEG ou IRM. Après avoir placé le récepteur dans un état de relaxation, on soumettrait l’émetteur à un stimulus désagréable et soudain (par ex. un bruit strident). En effet, les événements négatifs sont beaucoup mieux perçus que les positifs. Il faudrait faire plusieurs séries en échangeant les rôles émetteur/récepteur. On optimiserait ainsi les  chances de faire ressortir la synchronisation d’activités cérébrales par « communication dyadique ».

    L’auteur encourage donc vivement des équipes de recherche à monter de telles expériences pour confirmer l’existence d’un lien télépathique chez certains jumeaux, qui après le plaidoyer si bien argumenté de Guy Lyon Playfair, semble à présent plus que probable.

     

     






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