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  • Jean-Pierre Casseyre,

    Certitudes aléatoires de l’histoire de l’enseignement,

    Paris, DACRES éditions, 2013.

     

    Céline Bryon-Portet

     

     

    L’ouvrage que signe Jean-Pierre Casseyre, ancien Inspecteur général des bibliothèques, se présente d’abord comme une formidable synthèse de ce que fut, en France, l’histoire de l’enseignement. Après avoir rapidement évoqué les origines et la configuration générale de l’Université au Moyen Âge, l’auteur retrace chronologiquement l’évolution du primaire, du secondaire et du supérieur, du Premier Empire à nos jours.

    Sont ainsi soulignées les étapes marquantes de l’Instruction publique puis de l’Education nationale – des petites classes jusqu’aux amphithéâtres de l’Alma mater –, les avancées mais aussi, parfois, les retours en arrière et les errements, au cours des dix-neuf et vingtième siècles. Plus largement, Jean-Pierre Casseyre s’attache à balayer les grandes décisions politiques qui façonnèrent le paysage de l’enseignement français, les textes fondateurs et les lois qui le remodelèrent successivement, les figures marquantes qui lui donnèrent une impulsion nouvelle, de Napoléon à Jean Zay, Léo Lagrange et Luc Châtel en passant par François Guizot, Victor Duruy, Jules Ferry et Emile Combes. Il aborde aussi le rôle déterminant des bibliothèque et de quelques établissements pionniers, les types de recrutement au métier d’enseignant, les structures, les acteurs et les outils pédagogiques, les disciplines et les cursus, les filières et les diplômes, les programmes et les réformes… L’ouvrage se termine sur les derniers projets et restructurations en date (mise en place de la LRU, du système LMD et des évaluations par l’AERES, apparition des PRES…), et livre quelques pistes de réflexion sur les succès et les échecs de cette fabuleuse odyssée moderne.

    Pour entreprendre de résumer plus de deux siècles d’enseignement en moins de trois cents pages, il fallait une bonne dose d’audace, et une culture non moins grande. Le résultat est convaincant. Le principal mérite de Jean-Pierre Casseyre est d’avoir su éviter l’écueil d’une approche purement anecdotique et d’un savoir encyclopédique dépourvu d’éclairage critique. Au-delà de la dimension historique, l’on découvrira donc, non sans plaisir, un second niveau de lecture, auquel invite d’ailleurs le titre de l’ouvrage, « certitudes aléatoires ». Par exemple, revenant sur les problèmes orthographiques que connaissent aujourd’hui de nombreux élèves, l’auteur pointe l’absence de continuité stratégique et les incohérences qui s’ensuivent : ne peut-on pas estimer que « la dérive actuelle est due principalement à la multiplication des réformes rarement menées à leur terme ? ». Avec humour, il présente également les nouvelles méthodes pédagogiques en vigueur, dont on peut interroger la pertinence : « Comme il ne faut plus soumettre un enfant à un effort continu et qu’il ne doit éprouver que du plaisir à l’école, on ne doit pas enseigner ce que l’on sait mais l’amener à découvrir par lui-même, donc au maximum l’accompagner dans sa démarche ».

    En outre, Jean-Pierre Casseyre procède à une contextualisation permanente des décisions et événements qui ont jalonné l’enseignement, permettant ainsi au lecteur de comprendre les motivations politiques à l’œuvre derrière les projets de loi, l’hostilité exprimée par certains partis, les changements de cap au fil des ans… Surtout, sont mises en évidence les idéologies sous-jacentes, alternant entre conservatisme et progressisme, élitisme et égalitarisme : l’auteur rappelle les luttes acharnées qui éclatèrent autour de l’instauration d’un enseignement laïque qui portait des « idéaux de justice et de liberté » ; les enjeux sociétaux que soulevait le combat contre l’illettrisme, l’instruction des filles ou encore la mixité dans les établissements scolaires ; les objectifs que poursuivaient la suppression des différents patois (considérés comme des obstacles à l’unité nationale) et l’enseignement systématique du français, mais aussi la « connotation morale » qui était attachée au système métrique, ou encore la dimension raciale que revêtait l’éducation physique et sportive sous le régime de Vichy.

    Ce que l’on retient au terme de ce livre, malgré les contradictions qui ont pu agiter l’histoire de l’enseignement, c’est surtout la grandeur de la mission que ce dernier remplit. Précieux outil de la République, il éveille les consciences, forme les esprits et forge, par-là même, des citoyens. L’ouvrage de Jean-Pierre Casseyre devrait être lu par tous ceux qui exercent ou se destinent à exercer le métier d’enseignant. Mais il ravira également tous les lecteurs curieux de mieux connaître ce qui contribua à faire de l’homme moderne ce qu’il est devenu ou à tout le moins ce qu’il s’efforce d’être, depuis le siècle des Lumières : un être guidé par la raison et épris de liberté, soucieux de penser par lui-même.

     






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