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  • Pierre-André Taguieff (sous la direction de...),

    Dictionnaire historique et critique du racisme (Paris, PUF),2000 pages, 450 entrées, 250 spécialistes.

    Intervention préliminaire de P.-A. Taguieff (CNRS)

    lors d'une table ronde organisée à Paris, au CNL, le 13 mai 2013, et animée par Anne Sinclair 

     

     

    (inédite, pour Esprit Critique par courtoisie de l'auteur membre du comité scientifique de la revue).

     

     

    La première caractéristique générale de ce Dictionnaire, c’est son pluralisme, son esprit ou son orientation pluraliste, qui a présidé au choix des articles et des rédacteurs, et qu’on rencontre dans le traitement des questions soulevées. Il s’agit bien sûr d’un pluralisme raisonné et en conséquence limité : on ne trouvera pas dans ce Dictionnaire des articles d’esprit polémique ou de facture militante orientés vers la diabolisation d’un quelconque ennemi, on n’y rencontrera pas non plus des auteurs au regard sectaire et au langage sloganique, incapables de prendre la nécessaire distance critique dans l’analyse des notions, des problèmes ou des doctrines. On y cherchera en vain les traces d’un esprit d’orthodoxie, ou d’une ligne politique – au risque de mécontenter les extrémistes de tous bords. S’il est un trait que partagent les rédacteurs de ce Dictionnaire, c’est bien un libéralisme intellectuel étranger à tout enfermement sectaire, à tout exclusivisme doctrinal, à tout esprit d’endoctrinement. C’est pourquoi ce Dictionnaire se réclame de la pensée critique, et se veut l’expression du principe de libre examen. Dans un domaine où les propos sommaires, les affirmations dogmatiques, les accusations douteuses et les condamnations brutales semblent dominer, nous avons voulu introduire le sens des nuances, le souci de l’information vérifiée, notamment quant aux événements historiques, et une exigence d’objectivité privilégiant les approches froides, d’autres diraient scientifiques, des questions abordées.    

    Ce Dictionnaire est pourtant un ouvrage engagé, en ce qu’il vise à clarifier les raisons de s’engager dans la lutte contre toutes les formes de racisme.  Il s’adresse ainsi aux citoyens soucieux du bien commun et de la justice sociale. Mais il n’a pas été conçu comme un catéchisme antiraciste, un répertoire de réponses toutes faites à des questions standardisées, ni comme l’expression d’une idéologie politique définie. Les controverses scientifiques et les débats idéologiques les plus significatifs y sont reconstitués et analysés : il s’agit avant tout d’informer, d’expliquer et de comprendre, et non pas de prendre parti ou de juger précipitamment. L’objectif principal de ce Dictionnaire est de contribuer à la connaissance d’un domaine devenu important de la pensée et de l’action dans les sociétés contemporaines. Les outils qu’il propose au public sont donc des outils intellectuels. Il offre aussi de nombreux exemples d’analyses visant à problématiser ce qui va de soi dans l’ordre des représentations liées d’une manière ou d’une autre au « racisme ». L’un de nos principaux objectifs a été de contribuer à élever le niveau de la réflexion sur les différents aspects de ce qu’on appelle « racisme », ainsi que sur les fondements et les fins de l’engagement antiraciste.

     I. Définir « le racisme » ?

     Il est particulièrement difficile, concernant le racisme, de « voir la chose d’un seul regard », pour parler comme Pascal. Parlons clair : « racisme » est un terme dont la signification demeure discutée et l’extension indéterminée. Il s’agit d’un terme formé dans un contexte politique et intellectuel bien défini, à savoir une Europe où l’on croyait à l’existence de races humaines inégales en aptitudes ainsi qu’à la « science des races », laquelle légitimait des politiques nationalistes ou impérialistes aujourd’hui consensuellement condamnées. Ce terme fabriqué à partir du mot « race », nous l’avons hérité, en supposant son applicabilité. Nous l’employons ainsi dans de nouveaux contextes, où le rejet du racisme est la norme, où nul ne se dit plus « raciste », et en référence à de nouveaux objets  - qu’il s’agisse de représentations, de comportements, de dispositifs institutionnels ou de constructions idéologiques. Il faut faire avec, tant bien que mal. Et ce, non sans risquer d’ajouter à la confusion des valeurs et des normes, dans un contexte où, fort souvent, l’on ne sait plus qui est vraiment « raciste », ni qui est vraiment « antiraciste ». Comme le notait Marc Bloch en 1949, « au grand désespoir des historiens,  les hommes n’ont pas coutume, chaque fois qu’ils changent de mœurs, de changer de vocabulaire[1] ». D’où la situation inconfortable dans laquelle nous nous trouvons, dont témoignent nombre de paradoxes. Pour caractériser les nouvelles formes de ce que nous continuons d’appeler « racisme », nous sommes conduits à reconnaître et à préciser qu’il s’agit de racismes sans racistes déclarés, de discours racistes sans référence à la notion de race ou à la couleur de peau, ni à un déterminisme biologique des aptitudes groupales, de visions racistes n’impliquant plus le postulat d’une inégalité entre les groupes humains, de catégorisations racistes fondées non plus sur le culte de la « race » mais sur la reconnaissance des identités ou des différences culturelles, d’attitudes racistes voilées, dissimulées, déniées, allant jusqu’à invoquer des idéaux ordinairement jugées « antiracistes », comme le « droit à la différence », etc.  Nous distinguons ainsi le « vieux racisme » (ou « racisme classique », biologique et inagélitaire) du « nouveau racisme » (« racisme moderne », néo-racisme, « racisme différentialiste et culturel », « racisme symbolique », « racisme voilé », etc.). On trouvera dans les articles « Différentialisme », « Néo-racisme », « Nouveau racisme », « Racialisation », « Racisme ordinaire » et « Xénophobie » (études comparatives, évolution) les analyses requises sur ces questions.  

    Le vaste domaine d’application du mot « racisme » s’avère avoir des frontières floues et en perpétuelle redéfinition. Le mot « racisme » est l’un de ces « mots plastiques » (selon l’expression du linguiste allemand Uwe Poerksen, en 1988) dont le contenu sémantique ne cesse de varier selon les emplois. En dépit de la banalisation du mot « racisme » et de sa perte relative de sens, liée à un sur-emploi politique et médiatique croissant, ce mot polémique n’a pas été critiqué et rejeté comme l’a été le mot « race » - surtout depuis le milieu des années trente. Mais ce qu’il est convenu d’appeler « le  racisme » n’a pas cessé pour autant de poser des problèmes de définition. Car ce terme à la signification floue continue, faute de mieux, d’être employé dans les travaux savants, où son statut de terme polémique ne cesse de contredire ou de parasiter la visée scientifique des auteurs. L’extension indéfinie de ses domaines d’application, du simple préjugé au meurtre de masse, en passant par les constructions idéologiques et les fonctionnements institutionnels, a conduit nombre de spécialistes des sciences sociales et de philosophes à déplorer « l’inflation conceptuelle » à laquelle il a donné lieu. Au regard du chercheur qui s’engage aujourd’hui dans une étude globale de ce qu’on appelle « racisme »,  les effets observables, les multiples  composantes et les facteurs de divers ordres de cet objet de recherche lui confèrent une redoutable complexité. Loin de pouvoir être embrassé par un seul regard, celui d’un individu aussi savant soit-il, le vaste domaine du racisme ne peut être exploré que par une équipe de spécialistes, d’une façon pluridisciplinaire et avec un souci comparatiste. C’est l’ambition de notre Dictionnaire.

    De nombreux auteurs ont cru que le racisme pouvait être défini par le « rejet de l’autre » ou du « différent », ou encore par l’intolérance à la différence, par la crainte ou l’horreur des différences, donc par l’hétérophobie. C’est la définition la plus populaire du racisme : le refus de reconnaître en l’autre, ou en certaines catégories d’autres, des êtres humains comme « nous », ou aussi humains que « nous ».  Ces autres sont donc infériorisés, et transformés en objets de crainte, de haine ou de mépris. Le racisme ici pris en compte est le racisme inégalitaire – disons le racisme « classique » -, défini par réduction à l’ethnocentrisme, lequel, pour simplifier, implique l’altruisme au sein de l’endogroupe et l’hostilité envers l’exogroupe. L’ethnocentrisme étant supposé être une attitude et un comportement universels, le racisme devient lui-même un phénomène universel, inhérent à la nature humaine ou à la nature des sociétés humaines. Il est ainsi, en quelque sorte, naturalisé. Ce qui revient à le déshistoriciser, à l’extraire de l’Histoire. C’est négliger le fait que le racisme se présente sous de multiples formes idéologiques, qui sont historiquement et géographiquement situables, et dont on peut étudier la formation, les fonctionnements et les évolutions – le débat scientifique se poursuit cependant sur la question de savoir si le racisme est un phénomène strictement moderne, ou si l’on en trouve des traces dans l’Antiquité ou dans le monde pré-moderne. La question est abordée dans plusieurs articles du Dictionnaire, notamment dans mes articles « Ethnocentrisme », « Racialisme » et « Racisme » (approches, modèles, domaines).    

     Mais, à l’analyse, on tombe rapidement sur une autre définition possible du racisme, par renversement dans le contraire : le racisme se définit tout autant par l’absolutisation de la différence, susceptible de prendre la forme rhétorique d’un éloge de la différence ou d’une célébration des différences. Dans cette perspective, le racisme se définit par l’hétérophilie. C’est là non plus inférioriser l’autre, mais l’ériger en une entité si différente de « nous » qu’elle devient incomparable, et que ses valeurs et ses normes deviennent incommensurables avec les nôtres. On en déduit l’incompatibilité des groupes distingués. La conclusion pratique de cette vision est un programme de séparation des groupes jugés différents. Dès lors, le racisme peut prendre le sympathique visage de l’appel à la tolérance, du « droit à la différence » ou du « respect de la diversité ». La différence aujourd’hui célébrée n’est plus la différence raciale, mais la différence culturelle. Il s’ensuit que le nouveau racisme présente un visage « antiraciste ». Le racisme ici pris en considération est le racisme différentialiste et culturel, et non plus le racisme inégalitaire et biologisant. Ce type de racisme est celui qu’on rencontre le plus souvent dans les sociétés démocratiques occidentales contemporaines où existe une législation antiraciste. Le culte de « la diversité » y fonctionne comme un masque susceptible de prendre diverses figures programmatiques, dont le « multiculturalisme » normatif est le principal. Lorsqu’il se transforme en projet d’instituer une société « multicommunautaire », supposant un bétonnage des différences et des identités collectives absolutisées, objets d’une reconnaissance aveugle ou de principe, il donne une forme idéologiquement acceptable au racisme, ou plus exactement au néo-racisme différentialiste et culturel. Il contourne ainsi les lois antiracistes qui, littéralement, ne l’identifient pas comme une forme de racisme. Et pourtant, il revient à fragmenter le genre humain en groupes distincts,  essentialisés, voués à une surdité mutuelle. Il implique aussi une dissolution de la nation civique en une pluralité de groupes ethniquement ou culturellement définis, séparés et en situation de rivalité. Mais la position dite républicaine consistant à se montrer « aveugle aux différences » ne fait pas disparaître les différences, ni les groupes cimentés par la conscience d’une différence ou d’une identité collective. Et elle risque toujours de lier l’idéal républicain à une identité nationale absolutisée, et ainsi d’alimenter les passions nationalistes tout en faisant oublier la question des discriminations ethno-raciales. L’universalisme abstrait qu’elle présuppose est donc une  solution illusoire. Si une troisième voie est possible, elle pourrait prendre la figure d’un « républicanisme critique » (selon l’expression de Cécile Laborde[2]), qui reste une tâche pour la pensée politique. Tous ces problèmes sont abordés dans plusieurs articles du Dictionnaire : « Communautarisme », « Droit à la différence », « Différentialisme », « Multiculturalisme », « Néo-racisme », etc.   

    L’analyse d’autres exemples de définitions courantes ou populaires du racisme conduit à la même conclusion insatisfaisante, ou à la même déception. Mais lorsqu’il fait l’objet d’une définition claire et restrictive, le terme de « racisme » semble ne plus pouvoir s’employer que pour désigner rétrospectivement des phénomènes sociaux et politiques appartenant à un passé dépassé, du moins pour les nations occidentales. Il en va ainsi de la définition classique du racisme donnée par l’historien américain George M. Fredrickson, postulant que le racisme présente à l’analyse « deux composantes : la différence et le pouvoir[3] »,  et qu’il implique en conséquence la croyance à l’existence de différences raciales substantielles, transmissibles, fixes et inaltérables, ainsi que la volonté ou le projet d’« établir un ordre racial[4] », justifiant le recours à la force pour instaurer des « systèmes de domination ou d’exclusion[5] ». D’où cette définition stricte du racisme : « Le racisme existe quand un groupe ethnique ou une collectivité historique domine, exclut ou cherche à en éliminer une autre sur la base de différences jugées héréditaires et inaltérables[6]. » Cette définition s’applique parfaitement à l’idéologie nazie et à l’État racial que fut le Troisième Reich  (1933-1945), aux États du Sud des États-Unis à l’époque des lois « Jim Crow » qui, entre 1890 et 1950, étaient destinées à maintenir la séparation et l’inégalité entre Blancs et Noirs, ou encore à l’ordre socio-racial propre à l’Afrique du Sud au temps du régime d’apartheid (1948-1991). Bref, cette définition classique ne s’applique bien qu’au racisme classique, considéré comme phénomène global (une idéologie racialiste + un ordre politique racialisé), pris dans ses principales figures historiques. On notera que dans ces dernières, la hantise du métissage est présente, qu’elle y est idéologiquement élaborée, et que la mixophobie s’y traduit par des interdits stricts portant sur les contacts dits inter-raciaux. Les articles « Apartheid », « Métis et métissage »,  « Mixophobie et mixophilie », « Sang et nazisme » ou « Sang et racisme »  traitent de la question d’une façon approfondie.

    L’une des sources de nos difficultés tient au fait que le champ du racisme est vaste et constitué d’éléments hétérogènes. D’où la proposition de concevoir le racisme en tant que phénomène quadridimensionnel.  Les composantes du « racisme » sont  en effet susceptibles de se distribuer sur l’une au moins des quatre dimensions suivantes : 1) les attitudes ethnocentriques, les modes de stigmatisation ordinaires (insultes ou injures, menaces), les opinions et les croyances (des stéréotypes et des préjugés aux rumeurs), 2) les conduites, qu’elles soient individuelles (telles les agressions physiques) ou groupales, comme les mobilisations politiques contre des populations-cibles, les pogromes, les lynchages et les violences de masse relevant du « nettoyage ethnique », 3) les fonctionnements institutionnels, allant de la ségrégation et de la discrimination à l’expulsion et à l’extermination organisée, 4) les constructions idéologiques, les théories raciales ou racialismes, accrochés ou non à des noms d’auteurs, incluant ou non des programmes politiques visant à établir un ordre socio-racial, soit des projets racistes à proprement parler.

    À vrai dire, du seul fait que « le racisme » n’a cessé de prendre des formes nouvelles dans toutes ses dimensions, aucune définition générale de cette notion aux bords flous ne saurait être totalement satisfaisante, ni applicable à toutes les situations observables. C’est pourquoi « le  racisme » risque de demeurer longtemps au cœur des débats idéologiques et des controverses scientifiques.

     II. Aspects du racisme : quelques exemples historiques

     Que peuvent faire, dans ce vaste domaine qui est un champ de bataille, les universitaires et les chercheurs, et plus généralement les intellectuels ?  Rappelons la réponse de Michel Foucault à la question de la fonction de l’intellectuel, qu’il caractérisait comme « spécifique » : « Faire un relevé topographique et géologique de la bataille, voilà le rôle de l’intellectuel. Mais quant à dire : voilà ce qu’il faut que vous fassiez, certainement pas. » L’intellectuel ne doit pas se transformer en prophète ou en tribun du peuple, ni en conseiller du prince. C’est là une vision modeste du travail de l’intellectuel, qui est invité à se mettre au travail, en se contentant de remplir trois tâches corrélatives : clarifier les concepts de base ou forger des modèles opératoires, exposer les problèmes ou formuler les questions, présenter d’une façon à la fois objective et pluraliste les débats fondamentaux, en explicitant leurs principes et les arguments échangés. Je voudrais illustrer par l’analyse de quatre exemples ce que peut la tâche de l’intellectuel « spécifique » ainsi compris, lorsqu’il s’engage dans des recherches sur « le racisme ».    

     1° Comment analyser le racisme classique : ses quatre grands courants

    L’une des questions les plus épineuses posées par l’étude du racisme tient à ce que ce dernier constitue à la fois une grande idéologie (un « isme » parmi d’autres) et une configuration trans-idéologique, susceptible de s’articuler à toutes les idéologies, qu’elles soient politiques (comme le conservatisme, le nationalisme, le libéralisme ou le socialisme) ou « scientifiques » (comme l’évolutionnisme social ou l’eugénisme). Le racisme partage avec la judéophobie moderne à base raciale (soit l’antisémitisme stricto sensu) cette transversalité idéologique. Au cours du XIXe siècle,  par exemple, la pensée raciale est passée au politique, devenant ainsi du « racisme »,  en suivant quatre voies distinctes qui, correspondant à différents types de couplage, ont fait surgir les formes suivantes de « racisme » :  1° le gobinisme, issu d’une synthèse entre la pensée raciale et une philosophie de l’Histoire « réactionnaire », structurée par l’idée de décadence et la hantise du métissage (Gobineau n’a cependant pas esquissé lui-même un programme politique sur la base de sa raciologie historique, dont on peut cependant déduire un rejet total, mais sans espoir, de la démocratie égalitaire) ; 2° le « darwinisme social », idéologie évolutionniste produite par jumelage d’un darwinisme vulgarisé (réduit à la « lutte pour l’existence » et à la « survie des plus aptes », assimilés aux « plus forts ») et du thème racialiste de la lutte des races comme moteur de l’Histoire - on en trouve des variantes dans les doctrines du « laissez-faire » non moins que dans les doctrines impérialistes, fondées sur le « droit du plus fort » - ; 3° le nationalisme ethnique et xénophobe, centré soit sur le projet normatif d’une « purification » raciale de la population nationale, dont le discours de propagande a pris surtout le visage de l’antisémitisme, soit sur un rêve de conquête et de puissance prenant la figure d’un impérialisme national-racial, dont le pangermanisme – incluant une composante social-darwiniste -  fut peut-être la plus frappante illustration ; 4° l’eugénique raciale, appelée « Rassenhygiene » (« hygiène raciale ») en Allemagne, née d’une fusion du projet eugéniste défini par Francis Galton - entre 1865 et 1883 - avec certains thèmes racialistes (en particulier celui de la « dégénérescence raciale »), pour alimenter l’utopie d’une « régénération de la race » par recours systématique à la sélection des procréateurs, impliquant notamment le recours à des mesures autoritaires pour empêcher la reproduction des « moins aptes », des « faibles d’esprit », etc. Ce paysage idéologico-politique est exploré par de nombreux articles du Dictionnaire, par exemple :  « Action française », « Anthropologie et racisme », « Antisémitisme », « Chamberlain »,   « Darwinisme social », « Eugénisme », « Évolutionnisme », « Fischer », « Galton », « Gobineau », « Gobinisme », « Günther », « Lenz », « Maurras », « Ploetz », « Racialisme », « Völkisch », « Woltmann ».

    2° Le racisme a-t-il changé de nature en France ces dernières années ?

    Depuis une trentaine d’années, on observe à la fois une persistance du racisme classique, de plus en plus marginal, et une banalisation du néo-racisme, qui a trouvé dans les mobilisations nationales-populistes un mode de politisation efficace. Le racisme anti-immigrés, et plus particulièrement anti-Maghrébin, s’est reformulé sur le mode d’une dénonciation plus ou moins paranoïaque de « l’islamisation ». Certains observateurs catégorisent ce phénomène comme une forme de « racisme anti-musulmans », où les immigrés sont remplacés par les musulmans, d’autres comme une forme d’islamophobie, visant l’islam comme tel, diabolisé par assimilation à l’islamisme radical. Le vieil antisémitisme n’a pas disparu, il est encore observable dans les mouvances du traditionalisme catholique, mais, pour l’essentiel, la haine et la diabolisation des Juifs se sont reformulées sur le registre de l’antisionisme radical, voyant en tout Juif un « sioniste » conspirant contre les peuples et dans l’État d’Israël un État en trop, à éliminer. La popularité d’un Dieudonné, qui voit partout à l’œuvre la main invisible des « sionistes », témoigne de la banalisation de cette thématique. À ce tableau (néo-racisme national-populiste, islamophobie, antisionisme radical) s’ajoute l’apparition d’un « racisme anti-Blancs », catégorisation qui, après avoir été longtemps récusée par les milieux antiracistes, a été acceptée par le MRAP et la Licra en 2012, mais reste très discutée. 

     3° Le nouveau paysage de l’extrême droite européenne 

    Le néo-nazisme stricto sensu est aujourd’hui une survivance plus ou moins parodique ou folklorisée du passé nazi, l’expression d’une fascination rétrospective qui reste marginale et un phénomène groupusculaire faisant partie du tableau de la délinquance plus que du paysage politique – l’article « Néo-nazisme » fait le point sur la question. L’analyse du nouveau paysage extrême-droitier fait apparaître une nette différenciation entre la vieille extrême droite nationaliste, héritière du nazisme et des fascismes historiques, à dominante anticommuniste et antisémite, et les nouveaux mouvements « nationaux-populistes » xénophobes, qui se définissent avant tout par leur dénonciation de la menace incarnée par une immigration de culture musulmane,  accusée de vouloir imposer ses propres valeurs et normes. La « lutte contre l’islamisation » est devenue le slogan mobilisateur des populismes identitaires. L’islamophobie qui structure ces derniers représente une réelle nouveauté idéologique, et ne saurait être réduite à une reformulation conjoncturelle  du racisme biologique classique ou du nationalisme xénophobe traditionnel. Ces mouvements récusent, en la surestimant, l’influence politique et culturelle de l’islam en raison de la menace que celle-ci ferait peser sur les valeurs de la démocratie libérale/pluraliste (liberté d’opinion, tolérance, laïcité (ou sécularisation), égalité hommes/femmes, respect des minorités, etc.), donc sur les droits individuels post-matérialistes, ou, comme le dit Marine Le Pen, sur les « valeurs de notre République » (Nice, 11 septembre 2011). La xénophobie anti-immigrés est désormais indissociable d’une islamophobie qui, par ailleurs, n’est nullement spécifique de la nouvelle extrême droite.

    Au cours des années 1984-2013, la nouvelle extrême droite « défascisée » ou « dénazifiée », ou « postfaciste », a pris le visage des populismes identitaires devenus une force politique non négligeable en Europe. Elle s’est en même temps désextrémisée, notamment en participant à des coalitions gouvernementales. L’exemple italien est ici le plus probant : Gianfranco Fini a conduit la transformation du MSI, parti néofasciste, en un parti de droite libéral/conservateur. Le cas allemand constitue une exception : comme en Europe de l’Est, en Hongrie et en Russie plus que partout ailleurs, des organisations néonazies s’y sont reproduites (telle la NSU, la « Clandestinité nationale-socialiste », coupable d’au moins neuf  meurtres racistes entre 2000 et 2006), sans participer au mouvement général de rupture avec le modèle nazi/fasciste.

    Si l’on met entre parenthèses les différences entre les mouvements et les partis néopopulistes ou nationaux-populistes en cours de rupture avec le modèle de la vieille extrême droite néo-fasciste (en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest) et les autres (dans les sociétés postcommunistes d’Europe de l’Est, en Hongrie tout particulièrement avec le Jobbik, mais aussi en Grèce avec L’Aube dorée),  le diagnostic d’une « montée des populismes » en Europe paraît fort justifié – la question est traité dans les articles « Extrême droite en Europe » et « Populismes et national-populisme ».  Ces mobilisations se sont traduites sur la scène politique par une percée électorale significative dont témoignent les résultats aux élections européennes de 2009 : dans sept États membres de l’Union européenne (Pays-Bas, Belgique, Danemark, Hongrie, Autriche, Bulgarie et Italie), les partis néopopulistes de droite (désextrémisés ou non) ont obtenu plus de 10% des suffrages.

    Mais un nouvel extrémisme est né à la faveur de la montée des populismes identitaires. Le cas Breivik en témoigne (voir l’article « Breivik » dans le Dictionnaire). La dérive terroriste d’Anders Behring Breivik, ancien militant, entre 1999 et 2007, du Parti du Progrès norvégien, formation de droite populiste et xénophobe, montre que la stratégie étatsunienne du « loup solitaire » a été importée en Europe. Ce soldat du « contre-jihad » s’est engagé dans une croisade contre le multiculturalisme, le marxisme « culturel », le libéralisme et « l’islamisation » de l’Europe, pour passer à l’acte le 22 juillet 2011, commettant des attentats qui ont fait 77 morts et 151 blessés. Peu avant de commettre son premier attentat, Breivik a mis en ligne son Manifeste, où il expose ses raisons d’agir pour la défense de l’Europe « judéo-chrétienne » et contre le mélange des peuples et des cultures. La rupture avec les groupuscules néo-nazis est claire dans la thématique : non seulement Breivik se montre étranger à toute judéophobie, mais il affirme son soutien à Israël. Son objectif principal est la « reconquête » d’une Europe qu’il pense en cours d’islamisation. Mais ce projet est aujourd’hui dans beaucoup de têtes en Europe. Aussi faut-il considérer Breivik comme un symptôme social, qui pourrait en même temps préfigurer une vague de violences terroristes visant autant les immigrés en général que les musulmans, issus ou non de l’immigration.       

     4° Sur le « racisme anti-Blancs » (ou « anti-blanc ») : problème mal posé, débat mal parti

    Des actes de « racisme anti-Blancs », illustrant le modèle « agression physique + insulte racisante » (celle-ci n’étant guère qu’une variante du « sale Blanc »), ont été recensés en France : leur réalité n’est pas douteuse, comme l’ont établi des enquêtes journalistiques depuis 2005[7](essentiellement à propos de manifestations auxquelles participaient des « jeunes » habitant des quartiers dits « sensibles »), mais il reste à en mesurer précisément l’importance. Or, l’expression « racisme anti-Blancs » présente le désavantage d’amalgamer dans la catégorie « Blancs » des cibles fort différentes : des « Français » ou des « Français de souche » (notion elle-même difficile à définir), des individus perçus comme étant d’origine européenne, des « chrétiens », des « Occidentaux », voire des Juifs. La blancheur de la peau n’est ici qu’un trait parmi d’autres, qui peuvent être culturels, comme la religion ou la langue, associés à telle ou telle origine géographique, à tel ou tel pays d’origine, ou sociaux, comme la richesse, imaginée notamment selon l’apparence vestimentaire. Bref, la catégorie « Blancs », comme population-cible, est mal définie, ce qui a pour conséquence de rendre peu opératoire la notion de « racisme anti-Blancs ». En outre, très peu de travaux sérieux ont été consacrés à la question, qui est relativement nouvelle en France. On rappellera cependant qu’en 1964, Pierre Paraf, homme de gauche alors président du MRAP, n’hésitait pas affirmer, dans son livre intitulé Le Racisme dans le monde, que « le racisme amène souvent un contre-racisme » et que « le caractère même du racisme implique qu’il n’est pas plus étranger aux “hommes de couleur” qu’aux blancs[8] ». Paraf abordait la question du « racisme antiblanc » en la rapportant explicitement aux réactions des peuples d’Afrique ou d’Asie qui furent colonisés par les Européens. Quant au texte de la 4e de couverture de son livre, il précisait : « Racisme antijuif, racisme antinoir, racisme antiblanc… qu’il soit collectif ou individuel, flagrant ou inavoué, le racisme demeure l’un des grands maux dont souffrent les hommes d’aujourd’hui. » Or, la ligne politique du MRAP était celle d’un tiers-mondisme d’obédience communiste. On peut en conclure que l’antiracisme organisé et militant de l’époque était moins soumis au « politiquement correct » que celui des années 1990 et 2000. Un tournant semble avoir été pris au début de 2012, lorsque le MRAP  a inclus dans ses « propositions d’orientation » le paragraphe suivant : « Promouvoir des identités artificielles et “uniques”, qu'elles soient nationales, religieuses, ethniques ou raciales, conduit inéluctablement au racisme. Ces enfermements identitaires émanent des groupes dominants, mais se reproduisent dans les groupes dominés : le racisme anti-blanc en représente un avatar. Le MRAP le condamne à ce titre d’autant plus qu’il apporte une inacceptable et dangereuse non-réponse aux méfaits et aux séquelles de la colonisation. »  La réinscription du « racisme « anti-blanc » dans le vocabulaire antiraciste a été confirmée lorsque la Licra s’est portée partie civile dans un procès visant l’auteur d’un acte de « racisme anti-blanc » commis en septembre 2010. Le 25 avril 2013, le parquet a retenu la qualification d’acte à caractère raciste pour cette agression physique d’un « Blanc » par trois hommes, dont un « Noir » (non retrouvé), lequel aurait traité la victime de « sale Blanc » et de « sale Français » selon plusieurs témoins. Il reste que lorsque Jean-François Coppé, à la mi-septembre 2012, a dénoncé l’existence d’un « racisme anti-blanc » dans certains quartiers dits « sensibles », le leader de l’UMP a été accusé d’emprunter au Front national l’un de ses thèmes. D’où le refus par certains de reconnaître la réalité du « racisme anti-Blancs ». Or, le Front national n’est ni l’inventeur, ni le propriétaire de l’expression « racisme anti-blanc ». Il n’a pas non plus inventé, par perversion ou calcul tactique, le phénomène ainsi nommé. Mais la rumeur « antiraciste » circule et, en lui imputant des sources « impures », empêche toute position rationnelle de la question. Celle-ci  reste donc très controversée. Et ce, d’autant que l’effet pervers de sa forte médiatisation est de contribuer à racialiser les rapports sociaux. 

    Aujourd’hui, le recensement systématique des injures, des menaces et des violences physiques motivées par un rejet explicite des « Blancs » reste à faire. On doit s’interroger parallèlement sur la diffusion des stéréotypes « anti-Blancs » dans certains milieux (dits « dominés »), en mesurer par des sondages l’importance dans les divers secteurs de l’opinion, mettre en évidence d’éventuelles discriminations liées au rejet des « Blancs », et se mettre à étudier les producteurs contemporains, individuels ou groupaux, dudit « racisme anti-Blancs » en tant que doctrine. On pense par exemple à Kémi Séba et à sa Tribu Ka (mouvement explicitement anti-Blancs et antijuif, fondé en 2004 et dissous en 2006),  ou, aujourd’hui, à Dieudonné et ses réseaux. Il est significatif que Séba et Dieudonné, dénonciateurs de « l’axe américano-sioniste », aient fini par trouver dans un islam politique radical une légitimation de leur hostilité aux Occidentaux « blancs » et aux Juifs.

     Quant aux explications données des agressions visant des « Blancs » comme tels, elles sont soit psychologisantes (les agressions exprimeraient le ressentiment de jeunes issus de l’immigration qui se sentent stigmatisés ou discriminés), soit sociologisantes (elles exprimeraient une « révolte des exclus », des ségrégués, des « déshérités » ou des « dominés », inséparable d’une « jalousie sociale »), ce qui conduit à la vision d’un « contre-racisme » des « dominés ». On notera que la réalité du « racisme anti-Blancs » constitue une objection empirique d’importance à la théorie discutable, devenue très populaire en France, du « racisme institutionnel », selon laquelle la « société blanche » (ou « néo-colonialie ») sécrète le « racisme » (nécessairement « blanc ») comme le foie sécrète la bile. D’où le refus, par certains « antiracistes » qui tiennent au modèle du « racisme institutionnel », de reconnaître la réalité sociale du « racisme anti-Blancs ».  Ce « contre-racisme » est susceptible d’être considéré lui-même comme légitime ou du moins compréhensible par certains militants antiracistes – qui par ailleurs tendent à y voir un « phénomène marginal » –, ou bien comme un racisme comme les autres, aussi condamnable que ces derniers.  En attendant des enquêtes solides et des modèles explicatifs élaborés, les débats ne peuvent donc que s’enliser dans les malentendus, les procès d’intention, les instrumentalisations politiques et les querelles de personnes. 

     III. Prendre l’antiracisme comme objet d’étude

    Dans ce Dictionnaire, on s’interroge aussi sur un genre de discours, une posture idéologique et un mode d’action moins simples  qu’il n’y paraît, à savoir ce qu’on appelle aujourd’hui « l’antiracisme », expression masquant une grande diversité d’engagements normatifs et d’orientations idéologiques, voire de positions théoriques. C’est pourquoi les différentes formes historiques de l’antiracisme sont étudiées dans ce Dictionnaire, ainsi que les trajectoires de grands leaders ou de grands auteurs, à travers l’analyse de leurs œuvres et de leurs héritages.

    Ce Dictionnaire du racisme est donc tout autant un Dictionnaire de l’antiracisme : les thèmes et les arguments utilisés dans le cadre de la lutte contre le racisme, les organisations et les mouvements antiracistes, les auteurs marquants liés à la lutte contre les différentes formes de racisme, ainsi que les différentes traditions antiracistes issues de l’anti-esclavagisme, de l’anticolonialisme, de l’anti-impérialisme, du dreyfusisme (ou de l’anti-antisémitisme), de l’antinationalisme ou de l’antifascisme, sont analysés dans de nombreux articles, et, grâce au système des renvois, le lecteur est à même de trouver les informations, les mises en perspective ou les problématisations répondant à ses intérêts ou à sa curiosité intellectuelle. Si l’on peut faire l’hypothèse qu’il y a autant de « racismes » et d’« antisémitismes » que de grandes idéologies politiques, on peut aussi bien présupposer qu’il y a autant d’« antiracismes » que de visions de l’homme et de la société, voire que de projets politiques. Cette pluralité des « antiracismes » fait partie du champ d’objets étudié par ce Dictionnaire. On ne saurait connaître « le racisme » dans tous ses aspects sans connaître « l’antiracisme » dans toutes ses orientations. Dans ce Dictionnaire, les antiracistes trouveront non seulement des informations de divers ordres et des outils d’analyse, mais aussi les éléments leur permettant de réfléchir sur les fondements de leur engagement et les fins de leur action : quel type de société veulent-ils faire advenir ? voire de quelle humanité rêvent-ils ou peuvent-ils rêver ?  Mais aussi : désirent-ils simplement « contenir » le racisme, et ainsi limiter les dégâts, ou bien veulent-ils l’éradiquer ?  Si l’éradication est la fin visée par l’antiracisme, ne relève-t-elle pas du rêve ? L’utopie de la société parfaite, sans inégalité ni domination, ou celle de l’homme nouveau, intrinsèquement vertueux, totalement altruiste,  ne rôdent-elles pas aussi dans l’imaginaire antiraciste ? Poser de telles questions, c’est prendre l’antiracisme au sérieux.

    Pour conclure : priorité à l’éducation

    La pensée raciste, comme la pensée  nationaliste ou la pensée conspirationniste, est une forme caricaturale de pensée rigide. La croyance selon laquelle tous nos malheurs sont dus à des ennemis redoutables d’une nature étrangère à la nôtre produit une véritable « dépendance cognitive » qui a notamment pour effet une « toxicomanie de la haine » - selon la formule du neurophysiologiste Alain Berthoz[9] -, une haine exclusivement fixée sur les ennemis chimériques, traités comme des représentants d’espèces humaines différentes et hostiles. On rencontre aujourd’hui les mêmes représentations essentialistes et le même schéma du conflit fatal entre groupes humains différents, entre « nous » et « les autres »  dans la vision ethno-nationaliste du monde, qu’elle se fonde sur un déterminisme biologique à l’ancienne ou sur un déterminisme culturel ou civilisationnel. On en rencontre aussi une version particulièrement inquiétante dans la vision islamiste du monde, celle d’un islamisme radical mêlant le fondamentalisme salafiste, impliquant la fermeture sur soi, à l’obligation du jihad, impliquant de mener une guerre d’extermination contre les « ennemis de l’Islam ».  

    La question est de savoir comment inculquer le sens de la pluralité interprétative à des esprits saisis par des convictions dogmatiques, et devenus ainsi imperméables à la critique de leurs certitudes. Comment des individus dont les jugements sont prédéterminés par des stéréotypes et des schémas mentaux rigides peuvent-ils acquérir la capacité de prendre une décision « contrefactuelle », c’est-à-dire, simplement, de changer d’opinion ?  La réponse pessimiste – et réaliste -  est qu’il est souvent trop tard. Car, comme le souligne Alain Berthoz,  la capacité d’avoir plusieurs points de vue et d’en changer s’acquiert dans l’enfance. Il faut donc commencer par le commencement, c’est-à-dire par l’éducation. Le sens de la pluralité des points de vue et la « flexibilité » dans les jugements doivent s’acquérir en même temps que l’habitude de discuter sans haine avec des contradicteurs et le goût de l’examen critique des thèses qui paraissent les mieux étayées et les plus solides. L’obstacle est ce qu’il est convenu d’appeler l’ethnocentrisme, ou plus exactement le sociocentrisme sous toutes ses formes, qui surgissent spontanément chez l’enfant en raison  des pressions exercées par un environnement culturel lui-même globalement sociocentrique. L’antiracisme est affaire d’éducation, et l’éducation antiraciste commence avec l’apprentissage du pluralisme et de la décentration dès le plus jeune âge. Mais, comme on le sait depuis Platon, il convient préalablement d’éduquer les éducateurs. Il reste à trouver les bons éducateurs des éducateurs de l’avenir. Tâche aussi difficile qu’exaltante. On connaît la formule du Zarathoustra de Nietzsche qu’aimait citer Léon Blum : « Que l’avenir et les plus lointaines choses soient la règle de tous les jours présents. »

     

     

     


    [1] Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien [1949], 2e éd., Paris, Librairie Armand Colin, Cahiers des Annales (3), 1952, p. 8.

    [2] Cécile Laborde, Français, encore un effort pour être républicains !, Paris, Le Seuil, 2010.

    [3] George M. Fredrickson, Racism : A Short History, Princeton & Oxford, Princeton University Press, 2002, p. 9.

    [4] Fredrickson, 2002, p. 6.

    [5] Fredrickson, 2002, p. 170.

    [6] Ibid.

    [7] Luc Bronner, « Manifestations de lycéens : le spectre des violences anti-“Blancs” », Le Monde, 16 mars 2005 (à propos des manifestations lycéennes du 8 mars 2005 à Paris). Luc Bronner précise : « Dans le discours de ces jeunes se cumulent des explications économiques (“se faire de l'argent facile”), ludiques (“le plaisir de taper”) et un mélange de racisme et de jalousie sociale (“se venger des Blancs”) ».

    [8] Pierre Paraf, Le Racisme dans le monde, Paris, Payot, 1964, pp. 65, 66 ; 3e éd. revue et mise à jour, Paris, Payot, 1969, pp. 54, 55 (la même deuxième phrase est répétée dans la 6e édition de 1981 (p. 63), mais sans les guillemets à « hommes de couleur »).

    [9] Alain Berthoz, « La manipulation mentale des points de vue, un des fondements de la tolérance », in A. Berthoz, C. Ossola & B. Stock (dir.), La Pluralité interprétative, Paris, Collège de France (« Conférences »), 2010, mis en ligne le 24 juin 2010 ; http://conferences-cdf.revues.org/228.

     






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