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  • Christine Bard, Le féminisme au-delà des idées reçues,

    Paris, éditions Le Cavalier Bleu, coll. « idées reçues », 2012[i].

     

    Compte rendu critique de Martine Arino

     

    « Qu’est-ce que le féminisme ? », une définition difficile à donner tant ce mot véhicule des « idées reçues » (p. 11). Le mouvement féminisme est tout aussi complexe et polémique que le mot. Tel est l’ambitieux projet de cet ouvrage, mettre à jour, par une approche historique, les préjugés issus du féminisme. Un livre passionnant sur l’histoire d’un mot et du mouvement  l’accompagnant. Composé d’extraits d’archives tant textuelles, qu’iconographiques, le lecteur trouvera à la fin de l’ouvrage ; un glossaire des mots clefs utilisés, des références bibliographiques et sitographiques pour approfondir le sujet.

    L’auteure a réussi son objectif rendre facile et attrayante la lecture d’un sujet complexe, protéiforme et permettre au lecteur de déconstruire l’ensemble des préjugés pour en faire une lecture dans le quotidien des rapports sociaux de sexe. Avec brio, Christine Bard, nous fait voyager dans l’histoire pour ancrer dans la réalité d’aujourd’hui, d’un combat toujours d’actualité. Ainsi, à la fin du livre, on ressent sa responsabilité en tant que femme et en tant qu’homme, le féminisme est l’affaire de tous, au nom de la liberté et de l’égalité. 

    L’ouvrage est composé de 3 chapitres qui représentent les trois « vagues » du féminisme.

    Christine Bard commence par la genèse du féminisme, « qu’est-ce que le féminisme ? Quels étaient l’origine les stéréotypes attachés à celui-ci ? Le mot désigne d’abord dans le champ de la médecine, « une pathologie chez l’individu mâle». (p. 11) Il sert à décrire « l’aspect d’un individu mâle présentant certains caractères secondaires du sexe (définition donné dans le glossaire) féminin. » (p. 11) pas étonnant, d’avoir qualifié les féministes d’hommasse. Puis, elle se réfère à Alexandre Dumas fils par un extrait (p. 12-13), L’homme-femme, 1872. Cette fois le féminisme est une pathologie sociale, dangereuse pour la reproduction de l’espèce humaine.

    Par la suite, un extrait de la lettre au Préfet de la Seine, d’Hubertine Auclert, 1882, la première à se définir comme féministe, elle va donner pour définition à ce mot la « lutte pour le droit de vote des femmes » (p. 13).

    Mais la « chose féministe » (p. 15) existe avant le mot féministe. C’est en faisant appel à Christine de Pizan, la première à s’autoriser une parole sur la chose publique que l’auteure commence à démontrer que la question des femmes est présente tout au long des siècles, à commencer par l’ancien régime, et « laisse des traces littéraires majeures : la querelle des femmes. » (p. 15) Cependant, la puissance du pouvoir religieux et d’une société fortement hiérarchisées ne permet que des discours limités à certaines femmes privilégiées qui ont eu accès au savoir.

    Au moment de la Révolution française, se pose la question de savoir si les femmes sont des individus pour avoir accès au même droit. La réponse est négative. « Le pouvoir va rester entre les mains des hommes, et la soumission des femmes s’aggraver à partir de 1804 avec le Code civil napoléonien» (p. 16). Elles ont alors un statut équivalent à « des fous ou des enfants : la femme mariée est mineure, ne peut toucher son propre salaire, ou travailler sans autorisation maritale » ce qui n’en fait pas des individus, et encore moins des citoyennes. La situation des femmes recluses dans l’espace domestique empêche tous mouvements d’émancipation, de plus « elles sont combattues et dissuadées par de multiples moyens » (p. 16).

    Le 20ème siècle vient changer le contexte sociologique. « Le féminisme est même à la mode (…) passe ainsi par une alternance de phases de visibilité et d’invisibilité, tantôt cruellement moqué, tantôt mieux compris » (p. 17).

    L’auteure souligne là un paradoxe alors que le principe d’égalité des sexes est reconnu dans la constitution de 1946, les féministes sont qualifiées et connotées très négativement. Toute féministe en a fait, même aujourd’hui, l’expérience. « Tout le monde connait la formule : « je ne suis pas féministe mais… » » Tant il est dangereux et mal perçu de s’affirmer féministe. C’est le Mouvement de libération des femmes (MLF) qui est à l’origine de « cette réputation sulfureuse » (p. 17). Il est indispensable et nécessaire, nous dit Christine Bard de montrer la complexité et la diversité du féminisme. Deux orientations philosophiques des arguments féministes sont à l’origine de cette pluralité ; l’universalisme et le différentialisme. Le premier, l’universalisme, est « l’indifférence de la différence », le second, le différentialisme, est la valorisation de « la différence ». L’auteure développe un argumentaire contre le différentialiste qui engendre une « valence différentielle des sexes » comme énoncé par l’anthropologue, Françoise Héritier. Ces deux clivages ne sont pas sans créer de nombreuses oppositions entre les féminismes. « On débat aujourd’hui comme hier de la représentativité des féministes lorsqu’elles se veulent porte-paroles des femmes ». « Quel est le sujet politique du féminisme ? Les femmes ? Ou l’humanité en tant que collectivité marquée par le genre ? » (p.19)

    Le féminisme est l’affaire des femmes et des hommes, donc de l’humanité toute entière. Mais les contextes d’émergence sont différents pour chaque « vague » féministe (p. 19). « Une vague désigne un cycle de mobilisation militante qui a des objectifs, des méthodes, des manières de penser spécifiques (p. 20).» Cette notion, l’auteure l’utilise pour identifier les 3 moments militants et l’influence de l’environnement sur ceux-ci : un 1er fin du XIXe au milieu du XXe, un second de 1960 à 1980 et un troisième que nous sommes en train de vivre (p. 20). A chaque vague, des idées reçues naissent et prennent des formes spécifiques (p. 21). Travailler sur ces idées reçues, permet d’analyser les jugements de valeurs qui les fondent et analyser la parole de l’intime et du non-dit ; « (…) de sexe et donc d’imaginaire, de tabou, de peurs. » (p. 21)

    La dimension sociologique est présente tout au long de l’ouvrage, car il est question du féminisme comme mouvement social.

    Si l’auteure focalise son analyse sur l’espace français, elle n’en oublie pas pour autant l’influence d’autres pays car le genre est un outil d’analyse du progrès démocratique de nos sociétés ; « indice du développement démocratique et du bien-être social » (p.22).

    1ère partie : le féminisme de la première vague

     1re idée reçue « le féminisme est né dans les années 1960 »

    Pourquoi fait-on naître le féminisme à ce moment-là ? Parce que l’on ne se souvient que des faits socio-culturels tels que l’augmentation du travail salarié, la pilule ou la minijupe (p.29) et pas des luttes des femmes. L’histoire du féminisme « est complexe en raison de la pluralité des voix qui s’expriment sur des domaines très divers » (p .29).

    Au XIXe siècle, les idées féministes se diffusent internationalement ce qui va permettre un « corpus commun » (p.31). En France, c’est la référence aux valeurs républicaines qui va le faire émerger (p.31). En 1880, temps de la démocratisation « le féminisme prend la forme d’un mouvement  organisé »  (p.31).

    La demande de réforme la plus ancienne est celle de Maria Deraisme et Léon Richer qui demande les mêmes droits civils pour les hommes et les femmes. Hubertine Auclert s’inspire de leurs réflexions, travaille avec eux et s'engage dans le mouvement pour les droits des femmes. Elle réclame des droits politiques pour les femmes.

    La loi de 1901 sur les associations va permettre le développement des groupes féministes : en 1901 le Conseil national des femmes françaises (CNFF) est fondé réunissant des associations féministes, et en 1909, l’Union française pour le suffrage des femmes (association de centre gauche, laïque).

    Les trois tendances :

    1/ les réformistes se battent pour le droit de vote, contre la prostitution.

    2/ les radicales se battent pour la réduction des naissances et l’autonomie des femmes.

    3/ les catholiques, Union nationale pour le vote des femmes, mouvement catholique, « le droit de vote, encouragée d’ailleurs par une déclaration suffragiste du pape en 1919 ».

    « […] deux types d’argumentation : les femmes sont injustement privées d’un droit ; les femmes méritent de voter» (p.36). Durant cette période le differencialisme est très présent dans les discours.

    2e idée reçue : «  le féminisme est un mouvement de femmes »

    Le mouvement féministe n’est pas composé que de femmes ; mouvement féminin ou féministe ?

    En 2011, Alban Jacquemart démontre dans sa thèse sur les hommes féministes, « une progressive féminisation de la cause féministe » (p.39).

    Faux, il existe « une traduction de féminisme au masculin » par exemple Nicolas de Condorcet, Victor Hugo ou Léon Richer. C’est Richer qui fonde avec Maria Deraismes, le féminisme républicain. La revue, le droit des femmes compte 16 hommes et 7 femmes. Le député Joseph de Gasté va encourager le financièrement la parution du journal, La Citoyenne.

    Mais le rôle des hommes dans ce mouvement féministe est contesté car ils sont « autoritaires et leadership » (p.40). A partir de ce moment des revendications de mouvement non mixte, différencialiste, voit émerger (Louise Kappe le congrès féministe 1889).

    10 ans plus tard, les hommes auront leur place comme « auxiliaires », démontrant que les femmes n’ont pas besoin des hommes pour s’organiser dans leurs mouvements.

    C’est un homme Ferdinand Buisson qui préside l’union d’électeurs par le suffrage des femmes (né de l’union française pour le suffrage des femmes).

    Christine Bard souligne qu’il est difficile de classer cette orientation dans le differencialisme ou l’universalisme. Mais toujours est-il, que la ligne des électeurs en légitiment l’implication des hommes va être universaliste, éthique et humaniste (p.42).

    Le mouvement de la première vague pose la question de l’égalité des sexes en terme politique.

    Alban Jacquemart « identifie deux registres d’engagement à l’époque du féminisme de la première vague : un registre humaniste qui définit le sujet politique du féminisme comme un sujet asexué et universel et un registre fémino centré dans lequel « les femmes » sont le sujet politique du féminisme. » (p.43)

    Pour les humanistes, la Fédération française des sociétés féministes, l’investissement des hommes est dans l’intérêt commun des deux sexes.

    Pour l’union des femmes, La Citoyenne, Maria Martin, l’investissement des hommes n’a pas lieu d’être, revendiquant la non mixité.

    Parmi les radicales notamment Arria Ly, l’homme est perçu comme « l’ennemi de la femme (1906) » (p.44). « Expérience des femmes, entré donc sur le sujet femmes (p.44). Existence d’un nous les femmes ».  Mais le  biais souligné par l’auteure est d’en faire un mouvement d’une catégorie de la population et pas l’affaire de toutes et de tous. Ce qui risque de reproduire les stéréotypes liés aux femmes produits par la domination masculine » (p.45). L’amalgame entre fait féminin et fait féministe « est ce sur quoi repose l’idée reçue du féminisme comme mouvement de femme ».

    3e idée reçue : «  Toutes des bourgeoises »

     Le féminisme ne compte que des privilégiées qui veulent défendre leur intérêt de classe. « Partout en France il y eut tout au long du XIXème siècle des tentatives d’union du socialisme et du féminisme » (p.47). Christine Bard, cite Flora Tristan, Louise Michel, Hubertine Auclert, Madeleine Pelletier, Hélene Brier. Cette idée reçue est construite pour empêcher au sein du parti socialiste (la SFIO) l’existence du groupe féministe. Un extrait du discours d’Hubertine Auclert au congrès ouvrier socialiste de Marseille en 1879, vient argumenter ce propos de tentative de rapprochement du féminisme de la classe ouvrière.

    Cette idée reçue repose sur le fait que les pionnières du féminisme sont des femmes instruites qui occupent des emplois réservés aux hommes, à cette époque. Celles qui sont inactives sont des rentières, c’est le cas pour Hubertine Auclert.

    Militer demande de la disponibilité, toutes ne l’ont pas, surtout dans les classes populaires.

    Dans la tendance radicale nous retrouvons des institutrices mais aussi des femmes sans statuts professionnels, (Nelly Roussel, Louise Bodin…) mais épouse d’un homme à statut social élevé.

    Pour les modérés, l’explication de la crainte de ne pas marier leur fille parce que trop instruite se retrouve les plus privilégiées.

    Toutes s’entendent pour dire que leur combat porte sur la condition sociale. Cependant cette condition sociale, va engendrer pour les féministes, des « féministes spécifiques » (p.52). Un extrait du bulletin des groupes féministes de l’enseignement laïque, n°66 mars – avril 1932 en témoigne.

    L’auteure nous rappelle que le féminisme existe sur plusieurs formes et pas uniquement dans les associations féministes. Du « féminisme socialiste » est née le 8 mars, journée internationale des femmes. En France, c’était en 1914. C’est Yvette Roudy qui va l’officialiser en 1982. Le stéréotype de bourgeoise a une connotation idéologique pour les politiques de gauche afin de « délégitimer  une idée un combat » (p.56).

    Les bourgeoises féministes sont des traites pour les autres bourgeoises de même classe sociale. Certaines bourgeoises féministes« demandant par exemple le droit de vote pour toutes les femmes, mais négligent de défendre les droits économiques et sociaux » (p.56).

    Ce stéréotype est toujours vivace et  interroge encore aujourd’hui les divergences politiques.

    4e idée reçue : « Toutes des laiderons »

    La féministe se caractérise par un physique d’homme. « virile, elle refuse le code de genre, l’ignore ou ne le maitrise pas. Une ombre de barbe ou de moustache sur le visage… » (p.57).

    Christine Bard cite le procès d’Hélène Brion, de Madeleine Pelletier avec ses cheveux court. « La féministe est maigre » (p. 58). A cette époque la femme séduisante est bien en chair, symbole de richesse, d’érotisme et de fécondité. Femme non désirable pour les hommes et condamnée au célibat.

    Madeleine Pelletier défend « la femme vierge,  paru en 1933 » femme célibataire, chaste et autonome.

    Mais cultivant l’humour des féministes, telle que Marguerite Durand, vont déjouer cette idée reçue en usant de la beauté et de sa mise en scène.

    La laideur des femmes est également un jugement moral associé au « refus de la maternité » « de l’amour », à la « fin de la « race » » (p.63).

    L’auteure souligne un paradoxe ; peu de féministes s’oppose à la loi de 1920 par peur du dépeuplement de la France par argument nataliste.

    5e idée reçue : «  le féminisme est une menace pour l’ordre social »

    Le féminisme est une menace pour la société et son organisation des rôles sociaux.  Ce qui va diviser les féministes radicales et réformistes.

    Les premières révolutionnaires acceptent cette perspective, les secondes cultivent leur valeur républicaine pour infirmer cette idée.

    Perte de la famille, baisse de la natalité, le féminisme est accusé. En 1920, La Garçonne, Victor Margueritte peint le portrait de femmes affranchies. L’antiféminisme l’utilisera pour porter la critique sur les mœurs. L’argument politique est également l’association du féminisme au communisme.

    Anti pacifisme, anti maçonnisme sont également des éléments  dans le discours antiféministe, rejoignant ainsi  l’anti sémisme (p.71) « c’est la droite nationaliste et antisémite qui s’oppose le plus vigoureusement au féminisme ».

    L’auteure cite l’Action française qui pour éradiquer le féminisme va aller jusqu'à montrer des femmes modèles de réussite, sous-entendu que les femmes ont la même chance que les hommes. Toutes peuvent réussir si elles s’en donnent la peine donc le féminisme n’a pas lieu d’être. Les stratégies antiféministes vont du « rejet du mot » à son « appropriation »  (p.74) dans leurs discours.

    « Le régime de vichy institutionnalise les idées antiféministes, avec retour de l’éternel féminin (p.76) ».

    Les romans de Brigitte de Berthe Bernage en seront la propagande.

    6e idée reçue « le féminisme est un produit d’importation »

    Cette idée reçue véhicule la représentation que le féminisme n’est pas une valeur française.

    L’antiféminisme s’exporte comme l’anti sémitisme, ne pas s’acculturer aux valeurs américaines et protestantes. Il est vrai que le mouvement féministe américain et anglais est très médiatisé.

    La peur des antiféministes est de voir les femmes affranchies. Elles sont dans ces pays des sportives, des frivoles et libres ce qui remet en cause le modèle éducatif français.

    Pour les catholiques, le féminisme devient une « invention protestante » (p.82) et « une invention juive », Clement Vautel, Cecile Brunschvicg, Alfred Naquet et Léon Blum. Le féminisme comme invention juive formule sera utilisée par les nazis.

    L’internationalisme féministe est dangereux pour les antiféministes. Le débat sur le droit de vote  des femmes, fait de la France une exception. Les Anglaises ont le droit de vote depuis 1918, les Allemandes et Autrichiennes depuis 1919 et les Américaines depuis 1920. Les Française ne vont l’obtenir qu’en 1944, alors que le suffrage universel, date de 1848.

    Le féminisme n’échappe pas au nationalisme. Les radicales critiquent violemment le nationalisme (p.86) « illusion politique pour les femmes, lourde de dangers pour elles – à travers le renforcement de la contrainte de la maternité, pour produire de la chair à canon, par exemple – mais aussi pour l’humanité livrée aux appétits guerriers » (p.86).

     2ème partie : le féminisme de la deuxième vague

    7e idée reçue : « féminisme = MLF »

    Le féminisme de la deuxième vague apparaît au grand jour en France le 26 aout 1970 lors d’une manifestation à l’Arc de triomphe avec pour slogan : « Un homme sur deux est une femme » et « Il y a plus inconnu encore que le soldat : sa femme ! », manifestation qui soutient le mouvement des femmes aux Etats-Unis. Le MLF est né. Dès lors dans l’opinion publique, il est fait l’amalgame entre MLF et féminisme. Pourtant, il existe également toujours les associations des suffragistes qui après avoir obtenu le droit de vote se battent pour « l’égalité juridique totale des deux sexes » (p.89). Mais aussi, la ligue française du droit des femmes, le conseil national des femmes françaises… Mettre en exergue le mouvement  MLF, une forme radicale du féminisme c’est oublier ce qu’il y a eu avant (Sylvie Chaperon).

    Cette seconde vague du féminisme en France émerge dans le sillage de l’ouvrage de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe (1949), et du mouvement féministe américain – le Womans Lib - (lui-même influencé par le mouvement noir américain), et plus généralement de transformations sociales profondes concernant tant l’accès des femmes au travail que la contraception.  Le MLF n’a pas le monopole du féminisme.

    Des associations féministes mixtes existent : le planning familial, le MLAC (Mouvement de Libération de l’Avortement et de la Contraception)… 1973, Manifeste des « « 331 médecins ayant pratiqués l’avortement, 1971, l’avocat Gisèle Halimi fonde Choisir la cause des femmes, Anne Zelensky la ligue des droits des femmes, SOS Femmes alternatives, 1975 loi Veil (avortement autorisé à titre expérimental pour 3 ans), 1977 SOS Femmes violées… Christine bard nous fait partager un extrait « Antoinette, la CGT et le féminisme » (p.95) pour illustrer la multitude de mouvement féministes dans les associations, partis, syndicats, groupes de réflexion, pour la libération des femmes.

    Les femmes immigrées ont leur mouvement fondé sur l’anti colonialisme, l’anti racisme et l’émancipation (MODEFEN), association des femmes marocaines, groupe de femmes algériennes… « Les mouvements de femmes sont difficilement réductibles à 1 ou 2 noms. » (p.98)

    Valéry Giscard D’Estain inaugure « le féminisme d’Etat », en attribuant à Simone Veil le ministère de la santé et un secrétariat d’Etat à la condition féminine à Françoise Giroud. « Cette institutionnalisation du féminisme se joue aussi au niveau mondial » : année internationale de la femme (ONU et Europe)…. Mais le féminisme radical est méfiant et manifeste contre « année internationale de la femme » le 8 mars 1975. Pour les radicalistes, ce phénomène de mode du féminisme est fait pour les juguler.

    8e idée reçue « le MLF s’est perdue dans des querelles de bonnes-femmes »

    Le mouvement MLF appelé ainsi par les médias était très informel et révolutionnaire (Partisans, libération des femmes, années zéro). Il était également un espace critique de réflexion. Le mot libération permet de situer le projet qui n’est plus une émancipation mais souhaite aller au-delà.

    On peut distinguer trois tendances principales dans le MLF.

    Pour les féministes révolutionnaires, il s’agit d’accéder au lesbianisme, les gouines rouges sont dans cette mouvance. Pour sa principale théoricienne Christine Delphy « l’ennemi principal est le système de production et de reproduction patriarcal.  Cette orientation s’incarne dans la Ligue du droit des femmes, présidée par Simone de Beauvoir, et dans plusieurs collectifs d’aide aux femmes. Elles sont très médiatisées notamment avec les 343 femmes déclarant avoir avorté.

    La tendance « Lutte des classes » constituée en 1973, de maoïstes et de trotskistes tentent d’utiliser les concepts du marxisme pour dénoncer les rapports de domination des hommes sur les femmes.

    Le MLF est autogestionnaire, il refuse d’organiser et de prendre le leadership. Des personnalités cependant très médiatisées s’imposent : Choisir, la ligue du droit des femmes, le Mouvement de libération de l’avortement et de la contraception.

    « Des dissensions s’expriment dès 1971, pour le choix des signataires du Manifeste des 343, et en 1972, pour le choix des témoins au procès de Bobigny » (p. 105)

    Pour se visibiliser, les féministes vont ruser, Simone de Beauvoir utilisera sa reconnaissance par le public de grande philosophe pour prendre position et écrire le Deuxième sexe. Gisèle Halimi utilisera sa réputation d’avocat du Front de libération national algérien.

    Mais beaucoup restent, à ce moment, inconnues car pas médiatisées : Christine Delphy, Moniques Wittig….

    Enfin, la tendance « Psychanalyse et Politique », développé autour d'Antoinette Fouque ne s’identifie pas dans le féminisme qui veut dépasser le patriarcat ; il s’agit de « donner naissance à un féminin détaché des normes masculines et phalliques » (p.106)

    Au milieu des années 70, ces différences tendances vont se séparer. Antoinette Fouque crée une association loi de 1901 Mouvement de Libération des Femmes - MLF dont elle est présidente, et dépose le sigle MLF à l'institut national de la Propriété Industrielle.

    Désormais la majorité des militantes du MLF va se retrouver sans étiquettes. Ce qui ternir l’image du MLF dans l’opinion publique qui ne comprend pas ce qui se passe.

    Cette appropriation va déclencher une polémique dans les médias. Christine Bard joint un extrait de la revue ProChoix (hiver 2009) dans son numéro 46 qui revient sur la controverse avec l'enquête « MLF, Le mythe des origines », un extrait du journal, Libération du 7/10/2008 qui retrace cette appropriation, et la réponse d’Antoinette Fouque deux mois plus tard, 14/12/2008 dans le journal, Le Monde

    L’histoire du MLF : « qui l’écrira, la célèbrera, la révisera ? Il s’agit à l’évidence d’un pouvoir dont découlent des bénéfices d’autant plus important qu’ils sont symboliques. »

    9e idée reçue « les féministes sont violentes et antimecs »

    Cette idée reçue argue pour dénigrer les femmes qui ne le seraient pas et irait de pair avec le fait qu’elles seraient des homasses.  Les féministes n’aiment pas les hommes. Argument qui est à l’origine de la lesbophobie.

    Cette idée reçue née avec la rumeur de féministes ayant brulé leurs soutiens gorge en 1968, lors du concours de Miss America.

    Les antiféministes se saisissent de la rumeur rapporté par le journal le Times pour faire appel aux symboles religieux du feu dans la religion et donc de l’enfer promis aux féministes. Commence alors une lutte pour réformer la tenue vestimentaire venue des Etats Unis pantalon, chaussure plate, plus de soutien-gorge. Ce soutien-gorge est le symbole de la beauté féminine, de l’érotisme, mais aussi politique (en référence au buste de Marianne), élément de différenciation des sexes.

    L’autre image de la violence féministe s’incarne dans l’idée que les femmes souhaitent castrer les hommes. Cette idée reçue commence avec un livre de Valérie Solanas SCUM (Society for Cutting up men) Manifesto, 1967. L’ambiguïté vient de la traduction de cutting up (Emasculer les hommes ou mettre en morceaux) et d’avoir tiré 3 balles à Andy Warhol pour ne pas avoir mis en scène Up your as. Le mouvement féminisme a toujours été non violent. La représentation de la violence associée aux femmes est beaucoup moins tolérante car liées aux stéréotypées de douceurs.

    « Mais l’acte perçu comme le plus violent symboliquement du MLF est sa non-mixité, souvent compris comme la preuve de ce que les féministes détestent les hommes. » (p. 119) Les justifications sont politiques et intimistes, un nouveau lien entre les femmes va émerger : la sororité. 

    La logique radicale du MLF influence le Planning familial : beaucoup d’hommes en partiront quand Simone Iff en devient la secrétaire générale. Dans les années 80, bon nombre d’association et de groupe sont non mixtes. Les anti féministes diront alors que les femmes sont des castratrices et qu’il faut les combattre en se regroupant entre hommes. L’extrême droite accuse le féminisme de déviriliser les hommes.

    10e  L’idée reçue, la plus répandue : « Toutes des lesbiennes »

    Le premier groupe de Lesbiennes nommé les gouines rouges apparait en 1971, cette appellation provocatrice est rapportée par la sociologue Christine Delphy. Elles vont assumer la stigmatisation et interpellé les féministes hétéro à ce sujet. « Comment aimer son agresseur ? »

    De plus en plus nombreuses chez les radicales, sont celles qui pensent que « le féminisme est la théorie, le lesbianisme est la pratique » selon la théoricienne Ti-Grace Atkinson. p.129

    Etre lesbienne devient un choix politique : vie privée et conviction vont de pair. L’idéalisation de l’homosexualité produit des divisions au sein des féministes. Beaucoup de féministes radicales sont des lesbiennes ce qui donne le lesbianisme radical. Refuser l’hétérosexualité, c’est échapper à la domination masculine.

    11e idée reçue : « le féminisme est américain »

    Cette idée reçue prend racine sur l’anti américanisme et l’anti impérialisme. Le féminisme américain a une image en France très négative. Les Etats-Unis sont très en avance sur le droit des femmes, dès 1920, elles ont le droit de vote. En 1963 les discriminations salariales basées sur le sexe sont punis par la loi. En 1973 un arrêt de la cour permet le recours à l’avortement. Mais également viennent des Etats-Unis de nombreuses organisations et essais féministes.

    C’est la black feminism qui va donner naissance au concept clef de la troisième vague : « L’intersectionnalité » ; dénonçant les rapports de domination et donc l’articulation du sexisme avec le racisme ou les classes sociales.

    La réponse à cette idée reçue sera pour les féministes françaises soit de « nationaliser leur féminisme » en limitant les références au contexte international ou au contraire de les internationaliser.

     

    12e idée reçue : « le féminisme est une lubie d’intellos »

    Le féminisme c’est de la théorie et pas de l’action. Faux quand dans les années 1960 naissent les études féministes à l’université, la frontière entre le militantisme et l’académisme est délibérément brouillé. « Il ne s’agit pas de mener un travail sur les femmes mais avec elles. » (p. 144) Christine Bard citant Simone de Beauvoir : « Un livre est un objet collectif ».

    13e idée reçue : « Il n’y a pas d’art féministe »

    Elles sont bien présentes mais très nombreuses dans les salles d’exposition et donc à recevoir des prix. Une fois de plus, ces artistes féministes souffrent de leurs invisibilités. L’objet de cet art féministe est la déconstruction du genre et la favorisation de l’accès des femmes à la création artistique.

    Cependant, certains secteurs de l’art sont très féminisés mais pas forcément féministes, comme la dance à l’inverse du cinéma où elles ne sont que 10%. Se déclarer féministe pour une artiste est le prendre le risque de se stigmatiser.

    Elles vont alors usées de stratagèmes en investissant la vidéo pour donner la parole à celles qui ne l’ont pas et se rendre visibles.

    Le monde  de l’art est un espace de lutte symbolique où elles n’ont pas toute leur place car il y règne la domination d’une norme centré sur l’homme et l’hétérosexiste. Elles ont posé la question de la représentation de la différence sexuelle dans les différents arts et en particulier dans les arts plastiques.

     

    Le féminisme de la troisième vague

    14e idée reçue : le féminisme c’est dépassé

    Dépassé car le féminisme aurait atteint ses objectifs d’émancipation politique et sociale des femmes, il n’a donc plus de raisons d’être. Les femmes ont obtenu l’égalité avec les hommes.

    Cette idée reçue est véhiculée avant tout par les médias pour qui le féminisme ne représente plus aucun intérêt médiatique.

    Dépassé car le féminisme entrerait dans une étape d’institutionnalisation avec le féminisme d’Etat (ministère des Droits de la femme, Yvette Roudy).

    Dernier point de cette idée reçue, l’unité même du féminisme serait mise à mal de l’intérieur par des groupes marginalisés, les lesbiennes pour elles, le féminisme n’a pas assez remis en cause le système patriarcal. En 1998, grâce au CLF Coordination des Lesbiennes de France, le terme Lesbophobie est employé pour la première fois pour désigner « l’hostilité vécue par les lesbiennes et de mieux la dénoncer en montrant qu’elle est le produit d’une double discrimination, sexiste et homophobe. » (p.164)

    Lorsque la droite arrive au pouvoir, un regain d’activisme féminisme va alors voir le jour, notamment autour du droit à l’avortement et à la contraception (CADAC, CNDF). La lutte contre les violences masculines est toujours d’actualité avec AVFT, SOS viol…

    En 1995, une mobilisation importante « pour le droit à l’avortement et à la contraception, pour le droit à l’emploi, pour une réelle égalité entre les femmes et les hommes, contre la remontée de l’ordre moral » (p.165), signe le renouveau du féminisme.

    Les revendications portées par le mouvement féministe des années 1970 se traduisent en particulier par la loi sur le droit à l’avortement (1975) après de fortes mobilisations.

    Après cette avancée, le MLF se tourne vers la dénonciation des violences faites aux femmes, en particulier du viol. Mais l’ensemble des mouvements sociaux nés dans le sillage de Mai 68 s’essoufflent.

    Pris entre les catholiques et le communisme, le mouvement féministe a du mal à se développer.

    Le féminisme français de la seconde vague, en raison d’une configuration historique, sociale et théorique spécifique, n’a longtemps pas pris en compte les critiques soulevées par le Black Feminism et les féministes postcoloniales. Ce qui va se faire durant la troisième vague.

     

    La catégorie « femme » commence à être déconstruite, elle devient dépendante  de la race, de la classe sociale, de l’ethnie, de l’orientation sexuelle.

    La mixité du mouvement va s’imposer pour cette génération qui l’a connu dès le plus jeune âge.

     

    Le féminisme redevient lourd à porter et à assumer. Comme le transcrit l’auteure, il est fréquent d’entendre : « Je ne suis pas féministe mais … ».

    Le sexisme est dénoncé et combattu des jouets, aux lieux de pouvoir… 2009 Osez le féminisme voit le voir pour notamment renforcer l’action des chiennes de garde. Le féminisme devient alors synonyme d’antisexisme. Pourtant les antisexistes ne se revendiquent pas toujours féministes.

    Avec cette troisième vague, c’est la complexification des questions féministes, remise en cause du « Nous les femmes », sur lequel s’est fondé le féminisme français de la seconde vague. L’accent est mis sur les hétérogénéités de la condition des  femmes et non plus sur leur unicité de destin. C’est l’irruption des thèmes de l’intersection des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » et les approches postcoloniales au sein du féminisme français. L’intersection des rapports d’oppression est plus connu sous le concept « d’intersectionnalité ». Il n’est pas question d’analyser simplement la multiplicité des systèmes d’oppression opérant à partir de l’intersection des rapports sociaux de sexe, « race », classe etc. mais leur interaction dans la production et la reproduction des inégalités sociales. L’analyse intersectionnelle des rapports sociaux de sexe, « race » et classe est un des apports majeurs du Black Feminism.

    C’est également dans le champ sexuel que se situe le combat politique (mariage, homoparentalité…). Femen en est l’illustration.

    15e idée reçue : « Féminisme = parité »

    La parité fera dans les années 90, les habits neufs du féminisme.

    Elle va être le principal objet du débat féministe français de 1981-2005, posant les questions fondamentales suivantes : quelle est la nature des catégories femmes et hommes, constituent-elles des groupes ? Et si oui, quelle sorte de groupe ? Le féminisme et la catégorie « femmes » comment penser le sujet politique du féminisme dans les années 2000 ?

    En 1992, Françoise Gaspard, Anne Le Gall et Claude Servan Schreiber dans Au pouvoir citoyennes ! Liberté, égalité, parité, proposent une loi simple : « les assemblées élues sont composées d’autant de femmes que d’homme » (p. 179). La mobilisation des nouvelles associations créées pour la cause ou d’ancienne, d’universitaires est très forte. Le débat est houleux. Les anciennes du MLF s’opposent à cette loi pour des raisons différencialistes. Mais nombreuses sont celles qui vont y adhérer. La gauche dépose une loi en 1994 sur la parité, toutes les listes de gauches présentées aux élections européennes sont paritaires. Jacques Chirac met en place l’observatoire de la parité. En 1999, Lionel Jospin, premier ministre, révise « la loi favorise l’égal accès des hommes et des femmes aux fonctions électives. » p.181.

    Le gouvernement de Jean Marc Ayrault est le premier à avoir réalisé la parité. Mais le chemin de la parité en politique est encore long. La politique publique en matière de promotion de l’égalité et de lutte contre les discriminations a permis quelques progrès.

    16e idée reçue : « Le féminisme est de gauche et laïque »

    Pas si simple de cataloguer le féminisme comme étant de gauche, car il existe des féminismes de droite. Cependant la conception du féminisme entre gauche et droite est bien différente.

     « Le Parti communiste a ainsi eu l’Union des femmes françaises (1944), devenue en 1997 Femmes solidaires, se revendiquant du féminisme. La famille gaulliste s’y est mise avec Femmes Avenir (1965) tandis que la démocratie-chrétienne bénéficiait d’actives équipes féminines. » (p.188)

    Gauche et droite se sont illustrées pour défendre la place des femmes dans la politique. Cependant des différences sont bien présentes :« Lydia Guirous militante sarkoziste et fondatrice de l’association Future (…) a un positionnement différentialiste : son féminisme veut faire entendre une voix féminine, supposée différente. » (p.189) Cette posture refuse la victimisation, dans lesquelles les femmes s’enfermeraient, et arrive par conséquent à la conclusion que le sexisme n’existe pas. Le féminisme ne serait alors pas égalitaire, stigmatisant les hommes. La réussite des femmes, selon elles, est l’affaire de mérite. Ainsi, elles vont le montrer en érigeant pour exemple les réussites féminines. Cette posture est anti féministe, elle nuit gravement au féminisme en tentant de montrer son aporie.

    « La droite et l’extrême droite récupèrent « l’indifférence au sexe » - au nom de l’égalité -  tandis que la gauche estime qu’il faut prendre en compte la variable genre et pourquoi pas entreprendre des politiques d’actions positives pour pousser la promotion des femmes à mérite égal avec les hommes. » (P.190)

    Ainsi dans cette citation, l’auteure met au jour toute la différence entre les deux courants. D’un côté le combat pour l’égalité professionnelle, la prise en compte du genre dans la sphère de l’économie organisatrice de la reproduction des inégalités (création d’un laboratoire de l’égalité) et de l’autre un gouvernement de Sarkozy sans ministre des Droits des femmes.

    L’auteure dénonce la récupération du féminisme par tous les courants politiques. Dans un 1er temps, nous pourrions nous en réjouir, sauf quand c’est pour desservir la cause des femmes. L’exemple le plus parlant à ce sujet est Marine Le Pen. Elle va récupérer les thématiques des féministes pour servir son discours sur l’identité nationale. Les  féministes devront alors avec l’affaire du voile se positionner. La laïcité revient au cœur du débat politique. La laïcité est « un des identifiants majeurs du féminisme le plus militant, le plus assumé, et ce, depuis la première vague et ses militantes de choc républicaines et franc-maçonnes. » p. 194 Pour elles, seul un état neutre peut permettre la garantie du droit des femmes. 

    Au départ, la plupart des féministes ont en commun de considérer le foulard comme un signe ou un symbole de l’oppression des femmes. A l’arrivée de la loi, elles sont déchirées.

    Les féministes se déclarant en faveur de la loi sont composé de certaines féministes issues du féminisme français historique de la seconde vague mais surtout de jeunes militantes féministes qui intègrent au féminisme historique la variable républicaine et laïque qui met en avant République et universalisme. En 2005, le mouvement des « Indigènes de la République » voit le jour qui regroupe en son sein des féministes qui dénoncent « un féminisme universalisant » rappelant le contexte raciste et postcolonial. Aujourd’hui un nouveau courant est en train de naître, le féminisme islamique.

    « Pour certaines féministes, le féminisme n’est concevable qu’à gauche et laïque ». (p. 199)

    Christine Bard s’interroge sur l’apparition de nouveaux mouvements féministes : « Qui détient le pouvoir de définir le féminisme ? Et de prononcer des exclusions ? » (p. 199)

    Et de nous donner une piste de réponse à ses interrogations : « Là est la question de fond, qui s’éclaire en analysant les rapports de forces internes à un moment donné dans le champ militant mais aussi intellectuel et médiatique. » (p. 199)

     

    17e idée reçue : « Les féministes sont des écolos irresponsables »

    L’éco féminisme est né en 1974 sous la plume de Françoise d’Eaubonne, fusion des luttes écologistes et féministes.

    La maitrise de leurs corps a permis aux femmes de les arracher à la nature.

    C’est de la protestation contre des réacteurs nucléaires en 1970 que le mouvement écologie va se former. Les femmes dès le début sont présentes. Les féministes auront du mal à reconnaitre ce mouvement qui prend racine dans le différentialisme. L’écoféminisme veut faire des femmes des écoresponsables (dans les achats, les tâches domestiques, la consommation de l’énergie…).

    Les femmes sont les plus touchées par les désastres écologiques car elles sont les moins éduquées, les plus pauvres, les moins bien logées… Les éco féminismes sont aussi « des actrices majeures pour combattre le changement climatique efficacement et durablement. » (p. 205) Les femmes ont des savoir-faire dans la culture, l’irrigation  qu’il convient de copier pour baisser la pollution.

    Le combat est aussi celui contre le surarmement pour la paix. « Pour Solange Fernex, il n’est pas réjouissant de vooir Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense nationale, inaugurer des chars, des porte-avions ou des sous-marins. Dans les milieux dominés par les hommes, les femmes ont parfois tendance à imiter les hommes, elles s’adaptent. »  (p. 207)

    Les écoféministes travailleront sur la santé des femmes et la vulgarisation de la connaissance  de leurs corps pour qu’elles gagnent en autonomie. 

    Une tendance de l'écoféminisme se dit spiritualiste avec le culte d’une déesse-mère protectrice. Ce courant fait appel à la magie et sorcellerie pour sauver la terre.

    18e idée reçue : « Le féminisme d’aujourd’hui est mixte »

    Cette idée reçue pose la question de la place des hommes dans le mouvement féministe. La première association ayant revendiqué la présence des hommes est Sciences potiches en 1995. Mix-Cité en 1997, la Meute, le Réseau Encore féministes, le collectif contre le publisexisme, ni pute ni soumises, osez le féminisme … Femme et homme doivent ensemble combattre les rapports de domination.               

    Le sociologue Alban Jacquemart a analysé le profil des hommes militants.

    Cependant, la mixité n’est pas si simples dans ces associations et les revendications sont multiples « lutter contre les assignations identitaires, de genre ou de sexualité… » (p. 213). L’argument est la lutte contre l’ordre hétérosexiste. Les hommes pro féministes  se revendiquant victime de cette domination masculine et vont tenter de déconstruire le masculin comme genre dominant dans différents mouvements. Cependant ils sont suspectés de tirer le bénéfice de cette lutte pour eux même. Ça va être le cas des masculinistes, équivalent du féminisme pour les hommes, qui accusent les féministes d’avoir engendré la crise de la masculinité.           

    L’investissement des hommes dans le féministe n’a pas évolué depuis le siècle dernier malgré l’investissement de la société dans la parité et la mixité. Cette question de la mixité va se compliquer avec les transgenres et les hors-genre. 

                                                                                     

    19e idée reçue : « Le féminisme fait des femmes d’éternelles victimes »

    Cette idée repose sur le fait que les violences faites aux femmes ; viol, harcèlement, pornographie et prostitution ont été cachées. Certains dictons on même encouragé cette violence : «  Bats ta femme tous les matins, si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le saura. » (p. 223)

     Ce n’est que par les actions des féministes et des victimes de violence que la loi a avancé. L’engagement contre le viol est une priorité pour les féministes. En 2012, un appel, aux victimes de viol a été lancé, par Osez le féminisme, le collectif féministe contre le viol et Mix-Cité. Clémentine Autain est la première femme politique à y avoir répondu, en déclarant avoir été violée.

    Aujourd’hui, les politiques publiques en ont fait leur priorité ; plans de lutte,  campagne nationale, formation des intervenants à la prise en charge.

    Internationalement, le viol a été reconnu par le tribunal pénal international comme une arme de guerre constitutive d’un crime de génocide.

    C’est la question du consentement qui est au cœur des controverses féministes.

    Au sujet du harcèlement sexuel, c’est l’AVFT qui le fera inscrire dans le code pénal en 1992. Il est alors défini seulement dans des relations professionnelles hiérarchiques. 10 ans plus tard, il s’étend aux relations entre pairs. Le harcèlement sera mieux redéfini en 2012 pour un projet de loi plus juste.

    Sera également médiatisé les violences conjugales ; le meurtre de Sohane Benziane et de Marie Trintignant.

    Le reproche fait aux féministes de victimiser les femmes vient de l’idée de déresponsabiliser les individus. Ce sujet a fait couler beaucoup d’encre. Les féministes sont accusées d’exagérer les chiffres sur les violences faites aux femmes et de vouloir imposer un nouvel ordre moral.

    « La perception populaire montre que victime reste bien un terme dépréciatif, pitoyable et qu’il devient même dans les cours de récréation une injure très tendance. » (p.234)

    20e idée reçue : « Toutes des mal baisées ! »

    Les féministes entraveraient la libération sexuelle. Idée reçue qui n’est pas partagée par tous en particulier les tenants d’une morale religieuse. Cette accusation est également présente à l’intérieur du mouvement notamment au sujet de la pornographie. Le féminisme prosexe va alors apparaitre pour défendre l’idée que le sexe est un enjeu central dans la construction de soi. Alliant féminisme et queer, pour « faire des identités minoritaires des sites de subversion de la norme, en particulier la norme sexuelle. » (p. 241)

    Le féminisme prosexe est en plein développement, interrogeant les marges et en particulier sur le plan sexuel. Si ce mouvement est une interpellation radicale du féminisme « n’y trouve –t-on pas au fond le message d’une association, phare (…) le Planning familial ? » (p. 243)

    21e idée reçue : « Le féminisme est pour l’abolition de la prostitution »

    Le débat sur la prostitution n’a pas eu lieu durant la deuxième vague. Peut-être parce qu’il était certain que le féminisme était abolutionniste (Joséphine Butler).

    1946 fermetures des maisons closes en France et à l’ONU adoption de la convention internationale pour la répression de la traite des êtres humains et l’exploitation de la prostitution d’autrui (1949).

    Pour les abolitionnistes, le combat est de pénaliser le client pour éradiquer la prostitution. Le discours antiabolitionnistes est de prétendre que l’existence du sexe tarifé fait diminuer le nombre de viol. L’homme aurait une sexualité incontrôlable lui venant de son instinct animal, à la différence des femmes. A l’assemblée nationale sous la direction de Najat Vallaud Belkacem une loi fait passer le message d’une « société sans prostitution » qui fait écho aux demandes du PS et d’associations féministes. Mais ce sujet divise, le planning familial, NPA, Europe Ecologie les Verts soutiennent que les victimes seraient les premières victimes de la pénalisation de la prostitution.

    22e idée reçue : le féminisme prône la théorie du gender

    Tout le débat en 2011, tourne autour de l’introduction dans les manuels scolaires de la théorie du gender. Christine Boutin et Jean François Copé demande le retrait des manuels mentionnant la théorie du gender, un chapitre de réflexion « devenir homme ou femme ». Etre femme ou homme n’est pas une donnée biologique mais également une question de représentation sociale. Symbole du progrès  des sciences qui ont également été reproductrices des inégalités entre les sexes.

    Mais cette attaque a un fondement religieux : la société refuserait la nature ; on nait femme ou homme, 1er argument anticonstructionniste ! La polémique se passe dans le contexte des élections sénatoriales, présidentielles et législatives, elle va également prendre de ce fait, une tournure politique. Le mot gender n’est pas traduit, pour laisser les anti-américanistes s’en saisir.

    2ème arguments ; l’homophobie, pour le député UMP Lionnel Luca, cette théorie veut légitimer la pédophilie et l’homosexualité.

    3ème argument : la transphobie. Pour lutter contre, Roselyne Bachelot fait acter un décret disant que la « transidentité ne serait plus considérée comme une affection psychiatrique » (p. 257) Le droit à changer d’identité ne passe plus par une opération chirurgicale pour l’Argentine.

    « Pour les féministes, qui peuvent désormais s’appuyer sur de nombreuses recherches scientifiques, un combat plus que jamais intellectuel. » (p. 260)

    Pour conclure, l’ouvrage est un foisonnement de références, de nuances, de subtilités que je n’ai pas toutes restituées pour vous laisser la faveur de sa lecture. A chaque idée reçue, l’auteure s’attaque à nous montrer en quoi le féminisme fait corps avec le contexte sociologique et politique de la société.

    Je terminerai en citant une phrase qui m’a particulièrement touché : « Ce féminisme ordinaire est présent dans la trame de nos vies quotidiennes : une manière de choisir un livre d’enfant, de décider de sa vie amoureuse, de répondre aux blagues sur les blondes, de s’informer autrement, de protester, de se faire respecter, d’être solidaire… » (p. 262)

     

     






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