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  • Périples au Maghreb Voyages pluriels de l’Empire à la postcolonie (XIXe –XXIe siécle)
    L’Harmattan, coll. « Mondes en mouvement », 2012, Fabienne le HOUEROU (dir)

     

    DIOUF Mouhamadou,

    Doctorant à l’IREMAM,  MMSH


    Fabienne Le Houérou, est chercheuse au CNRS, directrice de recherches, HDR, historienne, à l’IREMAM (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman) d’Aix-en-Provence. Elle s’intéresse aux mobilités plurielles : immigration, migrations forcées et crises humanitaires dans les relations internationales, et surtout aux populations souvent oubliées, en marge, dominées et qui, souvent, ne possèdent pas les outils pour exprimer leurs conceptions du monde.

    Cet ouvrage, sous sa direction, en hommage à André Martel, est le premier de la collection « Mondes en mouvement » aux éditions L’Harmattan. L’ouvrage rassemble les textes issus d’un colloque international organisé en octobre 2010 à Aix-en-Provence, conjointement par l’IREMAM, l’université de Provence, l’université de Toulouse et celle de la Manouba à Tunis. Son objectif est de proposer une réflexion collective sur les circulations entre le Maghreb et l’Europe de l’époque coloniale à nos jours de manière pluridisciplinaire et chronologique.

    L’ouvrage questionne deux siècles de voyage et tente de saisir les vitesses de la Méditerranée en interrogeant ses mémoires, afin d’élucider le paradoxe de ces rives si proches si lointaines, à travers des thèmes de recherche qui tentent de distinguer le destin circulatoire des uns et des autres. L’œuvre montre les mouvements de différentes catégories de populations : étudiants, coopérants français, militaires marocains, intellectuels algériens, immigré kabyle, acteurs sportifs des jeux méditerranéens, consommateurs d’offres de relaxation, curistes en thalassothérapie en Tunisie, touristes européens au Maroc, Pieds-Noirs en visite en Algérie, anciens colons voyageant en Tunisie, convertis à l’islam et au christianisme en Belgique, imam égyptien immigré en Italie, chercheurs français au Maghreb, femmes tunisiennes rebelles aux lexiques imposées par la mondialisation… Voyageurs pluriels, ils participent – tous – à une circulation généralisée. En passant du XIXe au XXIe siècle, l’étude propose une remise en perspective historique qui fait ressortir les continuités et les hiérarchies de ces mouvements. Depuis la fin des années 1970, les circulations entre l’Europe et le Maghreb impliquent la mise en mobilité de différentes couches sociales des sociétés européennes. A l’image de nos sociétés complexes, ces mouvements se sont transformés, au fil des ans, et correspondent à des périples qui engagent le voyageur. Se basant sur une approche pluridisciplinaire de travaux d’universitaires sur le voyage postcolonial, l’ouvrage prouve que le nord de l’Afrique est un territoire récréatif lié aux activités des loisirs et plus récemment d’une nouvelle forme de tourisme de santé.


    Dans un autre contexte, l’ouvrage nous montre aussi la vie des familles immigrées maghrébines en Occident, comme épisode de vie douloureux. Comme il souligne en même temps, dans une autre logique, le périple de notables maghrébins.
    Les périples évoqués ont des visées diverses et multiples. Certains, par exemple, ont donné naissance à des tentatives pour sauver des lieux de patrimoine, de créations communes (franco-maghrébines), « tentatives heureuses et isolées de ré-enchantement partagé entre "eux" et "nous" », selon Fabienne Le Houérou.

    Périples au Maghreb a cassé les barrières disciplinaires faisant des voyages pluriels entre Europe et Maghreb un point d’intérêt qui attire des scientifiques de spécialités différentes. Outre la pluridisciplinarité des textes présentés, l’ouvrage s’appuie aussi sur des enquêtes filmées ou photographiées, exploitant une méthodologie originale comme source scientifique à part entière. L’ouvrage nous montre que les mouvements du Nord vers le Sud ont déclenché une curiosité intellectuelle, liée aux nouveaux marchés vacanciers qui se sont imposés, poussant des chercheurs à entamer un chantier de recherche basé sur une forme filmique comme questionnement générique sur le déplacement.

    Finalement, cet ouvrage constitue une excellente contribution pour quiconque s'intéresse à la mobilité de différentes couches sociales entre des milieux différents dans le passé et au présent quels qu’en soient les motifs. Comme l’écrit Fabienne Le Houérou : «… Nous tenterons ainsi de dégager dans cette variété de parcours les continuités et les ruptures sur deux siècles afin de mieux comprendre l’évolution du Maghreb contemporain ». La lecture va plus loin encore et nous permet de saisir et de comprendre d’autres phénomènes de circulations, hors même de l’Europe et du Maghreb.
    Pour terminer, il est alors important de signaler que ce sujet mérite des études plus approfondies, dans un contexte où de nouvelles logiques d’échanges, provoquent des rencontres entre les lieux et les réseaux de circulations planétaires, qui favorisent les nouveaux cosmopolitismes comme l’évoque par exemple Alain TARRIUS.

     






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