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  • Terrorisme et racines de la haine.

    Georges Bertin.

     

    Nous vivons deux discours de la haine : celui des fous d’Allah et celui des nationalistes identitaires, ils s’établissent entre :

    ·       des individus substituant à tout autre un amour d’eux-mêmes irréalisable devant le trou béant qui affecte leur monde, d’où leur rage. Ceci concerne et l’absence de la figure du père dans les enfances de nombre des enfants perdus du ban de la République comme l’investissement clanique de familles avec leurs figures surjouées: la nouvelle mère toute puissante qui voue le père aux gémonies et la vierge symbolique impitoyable, appelant publiquement à l’eugénisme notamment anti arabes.

    ·       des institutions sociales (Etats-Nations) qui  deviennent un monde de significations clos, archaïque. Alors qu’elles incarnaient en les « instituant » des significations imaginaires sociales partagées, des « passions », elles échouent désormais à trouver des alternatives possibles, quand les structures de médiation ont disparu qui  canalisaient les imaginaires en conflit vers des objets sociaux réellement vécus. Et voici que ces forces détournent l’énergie disponible, quand « la haine conditionne la guerre, s’exprime dans la guerre ».  Tapi au plus sombre de cette caverne, le monstre de la folie unifiante et totalitaire, inventant des figures projectives hallucinées, destructrices, règne alors en maître dans la clôture des croyances étanches: « nos normes sont le Bien, notre Dieu (ou notre Parti) est vrai à l’encontre de tout autre». Parenté de deux discours que nous n’avons pas fini de subir !

    En cherchant les racines, Cornélius Castoriadis (1996) montrait ce que nos vécus présentent au reste du monde: « une image repoussoir, celle de sociétés où règne un vide total de significations. La seule valeur y est l’argent, la notoriété médiatique ou le pouvoir... Les communautés y sont détruites, la solidarité réduite  à des dispositions administratives».

    Wilhelm Reich montrait dans La psychologie de masse du fascisme, combien cet imaginaire radical déterminait le social dans ses conditions socio-économiques: le développement technique, les conditions de travail, les conditions familiales, les idéologies, les organisations, toutes échappant à la volonté consciente de l’homme.

    Lutter contre la peste émotionnelle, présente à la fois dans le spectacle sanglant du terrorisme et sous la forme plus larvée de la remontée des populismes européens, c’est restaurer la couche psychique profonde de l’homme car, estimait Reich, dans les profondeurs où vit et travaille la sexualité naturelle, émerge la révélation des énergies propres aux peuples, leur aptitude générale à la liberté. Tandis que les beaux discours politiques, écrivait-il en 1933, n’éveillent qu’un enthousiasme passager, nous devons nous soucier davantage, bien davantage, des détails de la vie quotidienne qui sont les artisans de la progression ou au contraire  de la régression de toute vie sociale.

    De la révélation de l’attachement des individus entre eux, de la fraternité dans ses expressions spontanées, de la joie spontanée du travail, de la fête exubérante, porteuse d’utopies sociales, de la tolérance, peut encore éclore la plus grande capacité d’amour, celle là qu’avaient en commun les victimes du 13 novembre. Elle serait alors refondatrice de notre être ensemble.

     

    Georges Bertin.

    Socio-anthropologue.

    CNAM des pays de la Loire.

     






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