Appel à communications

  • Marchandisation de l'éducation : approches sociologiques des politiques éducatives internationales et stratégies des acteurs.
    Catherine Nafti Malherbe, enseignante-chercheure, Université Catholique de l'Ouest, Mikael Palme, Professeur des Universités, Université d'Uppsala(Suéde)

    Esprit Critique

     

     

     

    Marchandisation de l'éducation :

    approches sociologiques des politiques éducatives internationales

    et stratégies des acteurs.

     

    Appel à contributions.

     

     

    Catherine Nafti Malherbe, enseignante-chercheure, Université Catholique de l'Ouest, Mikael Palme, Professeur des Universités, Université d'Uppsala(Suéde)

     

     

    L'objectif est de faire un état des lieux international sur les conséquences de la mondialisation et de la standardisation des politiques éducativesauxquelles on confére une valeur marchande plutôt qu'humaniste. De comprendre les répercussions de ce phénomène sociétal sur les mutations de l'école, sur les trajectoires et la formation des enseignants et sur la transmission du savoir.

     Pour cela, il faut  "dévoiler" (au sens bourdieusien) les mécanismes sociaux, économiques et  culturels qui ont contribué à une modification des espaces sociaux et à une redéfinition latente de la profession enseignante.

    Les tendances à la marchandisation et à la privatisation de l'éducation sont des caractéristiques communes à de nombreux pays (Ball et Youdell 2008 ; Daun 2004 ; Levin 1998. Les marchés de l'éducation sont désormais  définis par une relation de service "fournisseur-client" entre l'institution, l’organisation ou l’entreprise dispensant  l'éducation et ses utilisateurs, à savoir principalement les élèves, les étudiants et leurs familles. Un rapport de concurrence sur le marché s'instaure et laisse une  liberté de choix pour les consommateurs d'école.

    Le nombre croissant  des prestataires de l’école, privés ou indépendants,  face à l'école gratuite, augmente la concurrence entre  les établissements scolaires et promeut la création de marchés locaux d'enseignement.( (Lundahl 2014)  Dans ce domaine, il est nécessaire de poursuivre les recherches pour savoir à quoi les marchés éducatifs locaux ressemblent, qui sont les prestataires de services éducatifs  qui se disputent les élèves ou étudiants, la façon dont ils en sont propriétaires,  et la manière dont ils fonctionnent sur plusieurs marchés internationaux  de l'éducation .( (Ball 2012; Marginson 2006)

    La mondialisation de l'éducation  fonctionne également au niveau des manuels, des types d’évaluations pédagogiques et des concepts pédagogiques en général qui peuvent être répartis et distribués dans des formes de type marché .Un rôle particulier est joué ici par les maisons d'édition internationales qui orientent les habitus disciplinaires et les modes d'enseignements.

    Le marché de l'éducation impose de nouvelles conditions de travail aux enseignants.  Dans certains travaux de recherche, il est  démontré que les écoles orientées vers le marché ou exposées au marché - par opposition aux écoles ayant un recrutement universitaire et social élevé avec un recrutement normalement stable - ont tendance à adapter leur offre éducative à l'évolution des tendances dans la demande d'éducation. Cela implique que les enseignants de ces écoles aient  plus souvent besoin de s’adapter à l'évolution des profils d'études offerts par ces écoles. En outre, les écolesaxées vers le marché choisissent souvent de créer des concepts pédagogiques qui sont lancés comme potentiellement supérieurs à leurs concurrents et auxquels les enseignants doivent s’adapter, indépendamment de leur compétence et leur expérience professionnelle.(Forsberg 2015).  Dans le même temps, la marchandisation peut rendre possible différentes traditions pédagogiques "alternatives", comme par exemple les pédagogies inspirées par Montessori, Steiner ou Freinet, de trouver un public parmi les élèves et les familles qui font leur choix de l'école. En d'autres termes, les marchés de l'éducation permettent de diversifier l'offre éducative tout en normalisant une partie de l'offre pédagogique, en particulier dans les écoles axées sur le marché et appartenant à de grandes sociétés de l'éducation.

    Un aspect important de l'impact des marchés de l'éducation sur le travail des enseignants consiste à savoir jusqu’à quel point les écoles, en tant qu’organisations, s’adaptent à des modèles de fonctionnements managériaux empruntés aux compagnies commerciales. Ces modèles d'organisation peuvent parfois être exprimés dans l'introduction du vocabulaire inspiré de l'entreprise  pour différents types de personnel de l'école, comme «coach» au lieu de «professeur». De tels changements peuvent induire des transformations plus profondes de la compétence et du rôle dévolus à divers types de personnel.

    Un point-clé est la question de l'autonomie professionnelle des enseignants. (Gewirtz & Cribb 2009; Ballou 1998). Le mot autonomie se réfère ici à la capacité que les enseignants ont d'influencer la prise de décision en ce qui concerne la mise en œuvre du programme (ce qui est enseigné et comment c’est enseigné) ainsi que la façon dont l'apprentissage est évalué et noté. Dans la mesure où les écoles axées sur le marché optent pour des modèles pédagogiques standardisés et parfois même étendus à l'échelle internationale, on pourrait s’attendre à ce que la liberté et l'autonomie des enseignants soient faibles. Cependant, leur autonomie professionnelle devrait sans doute être élevée puisque dans le segment de marché dans lequel leur école évolue, les enseignants doivent répondre à des exigences élevées. Ceci est un autre domaine où la recherche en sociologie de l'éducation pourrait apporter sa contribution en donnant une image du degré d'autonomie des enseignants dans des écoles de caractère différent, ainsi qu’en analysant ses déterminants.

    La sélection sociale des élèves dans les écoles de systèmes de non-marché est principalement déterminée par les caractéristiques sociales du quartier où les écoles sont situées, la marchandisation ajoute de nouveaux mécanismes qui renforcent davantage la sélection opérée à partir de la répartition des groupes sociaux dans l'espace géographique. Les familles avec des atouts culturels et économiques faibles ont tendance à être moins bien informées de l'augmentation de l'offre de l'éducation que les systèmes de libre choix  créent et sont aussi moins disposées à faire usage de ces possibilités, même si le financement est assuré par le gouvernement au moyen de fonds publics. En conséquence, les systèmes scolaires fondés sur le libre choix ont tendance à être plus socialement hiérarchisés que ceux sans libre choix.

    La marchandisation contribue à la mise en place de mécanismes de sélection qui  incitent les enseignants ayant des qualifications plus fortes   à venir enseigner dans les écoles où le recrutement social et le niveau des diplômes est élevé plutôt que faible. Autrement dit un «écrémage»  s'opère, les enseignants les plus qualifiés se retrouvent dans les écoles les plus prestigieuses. La recherche est donc  nécessaire pour que l’on puisse avoir une idée plus précise de la façon dont les enseignants avec des niveaux et bagages universitaires différents  naviguent entre les écoles.

    Finalement, la structure sociale du système d'éducation dans lequel le marché de l'éducation fonctionne doit être prise en compte.(Palme ,2008) Loin d'être une substance propre ou une force qui transforme l'éducation, le marché éducatif s’adapte aux forces sociales qui façonnent l'éducation en tant que champ social. En d'autres termes, les formes et les expressions que le marché de l'éducation prend - par exemple dans les modèles organisationnels et pédagogiques des écoles, comment ils investissent leurs ressources disponibles ou quelles valeurs sont mises en avant sur leur site web - sont susceptibles de refléter comment des groupes sociaux avec des atouts économiques  et culturels variés utilisent l'éducation, à savoir les espérances, les valeurs et intérêts qu'ils y associent ainsi que leur dépendance à la forme particulière de capital culturel qu'il confère.

    À travers les différentesrecherches évoquées plusieurs questions  seposent. Qu'est ce que l'école aujourd'hui ?  La marchandisation de l'école maintient –elle la reproduction sociale ou au contraire permet-elle la "transclasse" ? Quelles stratégies les acteurs (enseignants, parents, élèves, formateurs) adoptent-ils face à ce fait social (la marchandisation) ?

     

    Dates et contacts :

    Les articles seront à envoyer pour le 15 décembre 2016 (30000 signes maximum espaces compris)

    à Catherine Nafti Malherbe : catherine.nafti@uco.fr

     àMikael Palme : mikael.palme@edu.uu.se

     

     

     

     




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